Vielsalm - Pour que les mémoires de Victor Remacle soient aussi les nôtres

Il existe dans le Nord de la France un territoire vaste comme huit fois et demie la commune de Vielsalm et dont on parle peu: la zone rouge. C’est le Fukushima de la première guerre mondiale. Chaque année, le sol y recrache 500 tonnes de munitions, une fraction du milliard d’obus échangés en quatre ans. Un quart de ces armes n’avait pas explosé, chargé de l’ypérite, du phosgène ou du phosphore blanc qui ont fait le malheur des hommes et la fortune des pharmaciens. Le mercure et le plomb empoisonneront longtemps l’eau potable et l’environnement de millions de français. Il y a autour de Verdun six communes en quarantaine sans un seul habitant vivant. Des corps de poilus y sortent encore de la terre, sac au dos. Certains, quand le miracle de l’identification se produit, retrouvent leur femme au tombeau cent ans après l’avoir embrassée sur le quai.

Quand il quitte la caserne le 1er août 1914, le Salmien Victor Remacle n’a pas encore étudié l’histoire de la première guerre mondiale à l’école. Il ne sait rien des archiducs austro-hongrois, de l’ypérite, de la légion d’honneur offerte à Liège en mémoire de ses héros. Verdun n’évoque rien pour lui. Victor pour qui on n’a pas encore inventé le casque ne connaît pas les premiers chars Mark 1. Cette histoire-là, il va la vivre et la faire dans les tranchées.

L’Annonce de Vielsalm avait publié à la fin des années 80 les mémoires de celui qui, par force et par chance, a pu revenir et raconter l’enfer vécu. Dans son édition de décembre, la revue Glain et Salm, Haute Ardenne reproduit la première partie de ce calvaire.

J’ai entendu récemment dans un bus à Seraing une adolescente dire qu’elle se moquait « de la guerre 18-24 ou j’sais pas quoi ». Pour ne pas la déranger, la Ministre de ce qu’on appelle par habitude l’éducation propose de supprimer le cours d’histoire… Récemment, Marion Cotillard a reçu la légion d’honneur…

Il faut trouver la force de se souvenir et avoir la chance que certains témoignent pour nous. Si nous manquons de tout cela, si un jour n’émergent plus que les soldats inconnus d’une guerre oubliée, il y aura un nouveau quai où nous devrons dire « au revoir mon amour et rendez-vous dans cent ans, au tombeau ».

vlan.vielsalm@gmail.com

Jean-Charles Roufosse - équipe de rédaction

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