Vie locale - Rex et La Roche: mythes, légendes et réalités

- Pourquoi avoir décidé de construire une conférence autour de ce thème particulièrement délicat encore aujourd’hui?

«C’est une idée qui me trottait dans la tête depuis un certain temps. Dans le contexte actuel, je trouvais qu’évoquer cette période de l’histoire pouvait être intéressant. D’autant plus qu’on assimile très souvent le rexisme au Front National, un parti d’extrême-droite… Et quand on voit ce qui se passe en France, cet éclairage peut aider à mieux détricoter certaines idées préconçues.»

- Le 24 mai 1936, le parti rexiste obtenait 48,27% des voix dans le canton de La Roche. Un chiffre interpellant…

«Je pense toutefois qu’il faut apporter quelques nuances. Il n’y a pas que La Roche qui est concerné. Le canton comprenait aussi les localités de Rendeux et Tenneville. En outre, ces voix étaient uniquement des votes masculins puisqu’à l’époque, les femmes ne votaient pas. Il y a, en outre, une différence entre le rexisme de 36 et celui qui est venu après.»

- Pouvez-vous développer cette idée?

«En 1935-1936, ce mouvement était surtout une dissidence du mouvement catholique. À l’époque, le slogan était d’ailleurs: «Catholique à 100% ou fout le camp!». Mais pendant la guerre, il s’est mué en «Heil Hitler». Ce n’est donc pas parce que la moitié des Rochois ont voté pour Rex en 1936 qu’ils ont tous été des collaborateurs. C’est une ineptie totale. Pendant la guerre, certains ont été de bons patriotes. D’autres des anti-nazis affirmés.»

- Comment expliquez-vous cette percée?

«Il y a une raison locale. La mère de Léon Degrelle habitait La Roche. Son oncle était curé à Rendeux. Et à l’époque, il faut dire que Léon Degrelle «passait» plutôt bien. Il était bel homme et se rendre à ses meetings c’était un peu à la mode. Les gens allaient là comme on va au théâtre. J’ai notamment retrouvé le témoignage de la femme d’un ministre qui s’y était rendue. Elle a expliqué qu’à la fin du discours, elle avait failli applaudir alors que Degrelle avait évoqué son mari en affirmant haut et fort que c’était un pourri!»

- Degrelle maîtrisait donc la tribune…

«Oui. C’était aussi un polémiste. Il mettait le doigt sur certains manquements parfois avec raison.»

- Un peu comme le fait le Front National aujourd’hui…

«Tout à fait. Et à ce titre, je pense que les partis «traditionnels» devraient un peu se remettre en question. Le rôle d’un parlementaire est avant tout de répondre aux questions des gens. La politique s’est trop détachée du quotidien des citoyens. Il faut que les politiciens retournent vers eux. Ils doivent les reconquérir.»

- Les citoyens ont aussi un rôle à jouer…

«Oui. Ils ne doivent pas laisser les slogans extrêmes percoler sans essayer de découvrir s’il y a bien quelque chose de construit derrière. Ils ne doivent pas non plus oublier que le dernier mot revient aussi à l’électeur. Il doit également pouvoir réagir et prendre le temps de s’investir dans un projet plus global.»

LM - équipe de rédaction

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