Vie locale - La Curtius encore un peu plus liégeoise

Etienne Bouillon avait ouvert la voie avec son whisky, le Belgian Owl, distillé à base d’orge cultivé en Hesbaye. Aujourd’hui, ce sont Renaud Pirotte et François Dethier, les deux créateurs de la Curtius, qui lui emboîtent le pas.

Ils viennent en effet de nouer un partenariat avec un agriculteur de Villers-l’Evêque qui va leur fournir l’orge nécessaire au brassage de la bière liégeoise.

«Tout est parti du fait que, depuis le départ, on veut faire marcher l’économie locale, explique Renaud Pirotte. Dans ce cadre-là, on réfléchissait déjà à l’origine des ingrédients que nous utilisons. Mais jusqu’il y a peu, l’orge brassicole belge était très peu mis en valeur. Les agriculteurs qui le cultivaient étaient donc rares.»

Jusqu’ici, la Curtius, bien que très attachée à son ancrage liégeois, se fournissait donc auprès d’une malterie de Beloeil, dans le Hainaut. «Qui s’approvisionnait auprès d’agriculteurs un peu belges, un peu français, et d’un peu partout, en fonction de ce qu’ils trouvaient, continue M. Pirotte. Or, nous voulions tendre vers une traçabilité accrue de nos ingrédients. Et là, on n’avait pas beaucoup d’informations à ce sujet. Pour nous, ça posait un peu problème…»

La rencontre avec Thomas Fastré, un jeune agriculteur de Villers-l’Evêque, a maintenant permis de changer la donne.

«Il avait envie de rappeler que, dans le temps, sa famille fournissait de l’orge brassicole. Nous, on était en recherche de céréales locales. On lui a donc garanti un prix d’achat minimum pour valoriser son travail (comme le fait Etienne Bouillon NDLR) et on a donc décidé de planter cinq hectares dans un premier temps. Ce qui devrait nous permettre de récolter 25 des 35 à 40 tonnes dont nous avons besoin par an.»

Si l’expérience s’avère concluante pour les deux parties, elle sera alors amenée à s’étendre. Jusqu’à faire en sorte que tous les ingrédients composant la Curtius soient un jour produits localement? Ça, c’est moins sûr… La culture du houblon en Belgique est encore plus anecdotique. Quant aux écorces d’orange et à la coriandre, qui interviennent également dans la préparation de la bière liégeoise, il sera encore plus difficile de les trouver en région liégeoise.

«Mais l’eau et le malt constituent 95% de nos matières premières. Pour avoir une idée, pour 100 litres de bière, il nous faut 250 kilos de céréales et à peine 500 grammes de houblon. L’idée à terme, c’est surtout d’avoir un malt liégeois de qualité, mais on est confiant. Ici, on va vraiment arriver sur une bière de terroir, une bière qui vivra avec les aléas des saisons. La Curtius sera toujours la Curtius, mais son goût pourra varier très légèrement en fonction des conditions qu’aura connues l’orge.»

Son prix, par contre, n’évoluera pas, malgré le surcoût engendré par l’utilisation d’orge local: «On a décidé de l’absorber, sans le répercuter sur le consommateur. On mise plus sur le développement de notre produit que sur sa rentabilité immédiate», termine Renaud Pirotte.

L.M. - équipe de rédaction

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