Vie locale - Voici la dernière distillerie de Bruxelles

Dans un îlot de la rue Tiefry, dans le quartier Coteaux-Josaphat à Schaerbeek, on produit depuis 1864 des spiritueux de père en fils. Du genièvre, surtout, mais aussi de la liqueur aux griottes de Schaerbeek et même du gin et de la vodka bruxelloises. La distillerie Fovel est la plus ancienne de Bruxelles, et la seule encore en activité. Dans les petits locaux de Schaerbeek, on sent l’importance du patrimoine familial et de l’histoire, alors que c’est Thierry Fovel, l’arrière-arrière petit fils du fondateur Joseph Fovel qui nous fait la visite.

Plusieurs bâtiments viennent du 19e siècle, les bureaux sont dans une sorte de cabane en bois, les machines pour embouteiller datent des années 1970. «Et pas une panne!», fait remarquer, non sans fierté, Thierry Fovel. Il raconte aussi que cela lui est déjà arrivé d’être soul rien qu’en sentant les vapeurs d’alcool sortant des fûts. Dans ces lieux, on dirait que le temps s’est arrêté, marqué seulement par une sonnerie qui retentit régulièrement, à s’en crever les tympans, comme pour rappeler aux ouvriers qu’il faut reprendre le travail.

«On vend dans des boutiques spécialisées»

Mais d’employés, il n’y en a plus guère, d’activité non plus d’ailleurs. Seul Thierry, son fils (qui représente donc la sixième génération des Fovel) et un autre salarié s’occupent de la distillerie. Il n’y a plus grand-chose à faire. La distillerie Fovel produit tout de même 80.000 bouteilles par an, en petit format, c’est plus rentable. Le modèle économique n’est plus viable et Thierry Fovel a dû développer des activités à côté, comme louer des places de parking, acheter des biens immobiliers, pour avoir assez de fonds pour continuer l’exploitation familiale. «C’est parce que nous nous sommes diversifiés que nous existons toujours, alors que les autres distilleries bruxelloises comme la nôtre ont toutes fermé», explique Thierry Fovel. Il a fallu changer aussi la manière de fonctionner. «J’ai arrêté de vendre dans les supermarchés, ce n’était pas rentable. Maintenant, on vend dans des boutiques spécialisées. On a aussi comme clients de grands hôtels qui mettent nos produits dans les minibars de leurs chambres.» Des produits que l’on ne retrouve pas n’importe où, donc. Les Bruxellois peuvent également décider de se rendre directement à la distillerie pour acheter des bouteilles. Par ailleurs, des visites sont organisées de temps à autre. Le 22 avril prochain, la commune de Schaerbeek propose une visite de la distillerie (infos: 02/244.71.12). L’occasion pour les Fovel de rappeler leur caractère local

Le futur reste néanmoins incertain. Thierry Fovel est heureux que son fils travaille avec lui, mais rappelle aussi que les entreprises familiales ont leurs défauts. «À chaque génération, il y a eu un problème d’héritage!», ou quand une activité économique peut être mise en péril par des débats sur la succession.

Thierry Fovel, lui, travaille depuis ses 25 ans à la distillerie de ses ancêtres. Après 40 ans de service, il n’a pas l’air de vouloir s’en séparer de suite.

L.C. - équipe de rédaction

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