Vie locale - René Courtois, le «Mister Grey» ansois

«Le Grey ansois», c’est le surnom coquin que certains de ses collègues au Conseil communal d’Ans lui ont donné en boutade. Un clin d’œil aux cinquante nuances érotiques – parfois très chaudes et détaillées–, qui émaillent le récit de ce premier roman paru à compte d’auteur, aux éditions du Panthéon (Paris).

«Certains m’ont dit: «Tu vas dans le détail!, sourit René Courtois, mais personne n’a été choqué. Je crois que chacun y trouve ce qu’il veut, un peu comme dans une auberge espagnole. Certains retiennent le sexe, d’autres se reconnaîtront dans l’enfant maltraité…»

Car au-delà des scènes de sexe, qui font partie du fil de la vie du héros de ce roman en grande partie autobiographique, «Mais quand tout cela va-t-il s’arrêter?» est surtout une mise à nu psychologique. Comme un manteau devenu trop lourd à porter, dont l’auteur arrive à se défaire au détour d’une intrigue policière. Une catharsis pour l’ex-enfant profondément meurtri par un père alcoolique et brutal, dans l’ombre et les non-dits d’une boulangerie de Dison.

«C’est une tranche de vie qui devait sortir. Je n’ai ni la prétention de plaire à tous, ni celle de revendiquer le talent de mon écrivain préféré, Umberto Eco, poursuit le Conseiller communal d’Ans. Très jeune, j’ai eu besoin de me créer un univers à moi, comme une bulle de protection. Ado, j’écrivais des poèmes pour m’échapper de cet univers du père violent. On n’est jamais que des petits animaux qui essaient de survivre…»

La plume le démange à nouveau quand il devient grand-père. «En voyant ce petit, je me suis demandé comment il était possible de faire ça à un enfant… Je ne comprenais pas, et j’ai eu envie de témoigner de cette enfance opprimée. Cette rage que j’avais dans la «panse» est sortie sous forme de la «lettre à mon père» qui se trouve dans le livre. Je n’avais pas ressenti cette colère en devenant père. Sans doute parce que quand on est jeune, on pense qu’on va bousculer le monde. Un grand-père est plus émotif. Puis il y a la maturité, aussi…» Il lui aura fallu 60 ans pour ‘tuer’ symboliquement ce père immonde qui, dans la vraie vie comme dans le bouquin, est mort ivrogne et SDF…

La griserie des sixties

Pour tenter de le protéger, sa maman place le petit «Vincent» au pensionnat. Il se rebelle. Fait les 400 coups. «À 16 ans, j’aurais pu devenir délinquant, oui. Le sport m’a sauvé, il a été ma rampe pour ne pas déraper

On est alors en plein ‘Golden Sixties’, et la liberté est totale: sexe, drogue, les filles jettent leur soutien-gorge… et leur petite culotte avec! «Le sida n’existait pas, ça partait tous azimuts!», rigole René Courtois. Beaucoup retrouveront l’allégresse et l’insouciance de leurs 20 ans en lisant le roman.

L’enquête policière en trame de l’autobiographie est, elle, imaginaire: qu’on se rassure, René Courtois n’a tué personne dans une ruelle turque! Mais l’intrigue est dans la lignée du titre: suspecté, «Vincent», le héros du livre, se demande, une fois de plus, «quand tout cela va s’arrêter»…

Originaire de Verviers, le Conseiller communal est installé à Ans depuis vingt ans. C’est lors de la scission entre le MR et le FDF que les sirènes de la politique le tentent. Se sentant proche d’Olivier Maingain, il décide de lancer une liste FDF (entre-temps devenu DéFI, Ndlr) à Ans. Tout seul. Il distribue lui-même 12.000 folders dans les boîtes aux lettres de la commune! Et il est le premier étonné à se retrouver élu lors du scrutin de 2012. 325 voix de préférence, c’est plus que certains candidats du PS…

Désormais, ceux qui ont lu son livre ne le regarderont plus du même œil. Ni au Conseil communal d’Ans, ni ailleurs. Jamais personne n’aurait pu imaginer le drame secret que cet homme discret, a priori sans histoires, porte en son cœur.

«Mais quand tout cela va-t-il s’arrêter?», par René Courtois, éditions du Pantheon. Dans toutes les librairies ansoises, au Carrefour d’Ans, au Cora, chez Pax et Agora, sur commande à la Fnac, ainsi qu’en version électronique sur Amazon (+/-21€).

M.L. - équipe de rédaction

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