Vie locale - Alechinsky, vadrouilleur, était à La Louvière

Privilège: celui de découvrir cette exposition en même temps que Pierre Alechinsky himself! L’artiste bruxellois âgé de 90 ans est d’une simplicité désarmante, en dépit d’une renommée internationale. Il est aussi un homme d’esprit, incroyablement cultivé, doté d’un humour qui fait mouche. Il semble impressionné: c’est la première fois, que tous les types de palimpsestes qu’il a créé depuis les années 40 sont rassemblés en une seule expostion. Dont plusieurs oeuvres jamais montrées jusque-là au public.

Mais au fait, c’est quoi un palimpseste? Ce mot grec qui signifie «gratté à nouveau», désigne un manuscrit que l’on effaçait pour le réutiliser, en réécrivant dessus.

Cela fait 60 ans que Pierre Alechinsky fréquente les fonds d’archives et les marchés aux puces. Ses marottes? Les cartes géographiques, vieilles lettres, factures, courriers insolites… À chaque fois, il y a un détail qui le séduit, l’interpelle et qui le pousse à acquérir ce document-là et pas un autre. Il s’en sert alors comme support pour créer une œuvre d’art à part entière. D’où le nom de palimpseste. Il en détourne le sens en y greffant des estampages, des dessins à l’encre de Chine, des peintures… «Ce n’est là qu’une petite partie de l’œuvre de Pierre Alechinsky, souligne Catherine de Braeckeleer, directrice du Centre de la Gravure. Mais nous rassemblons néanmoins près de 300 œuvres dans cet inventaire, dont certaines, monumentales, ont pu être mises en valeur de façon spectaculaire dans nos salles».

Une directrice qui nous présente avec émotion l’hôte de marque de ce vernissage: Pierre Alechinsky en personne. Ce dernier découvre en même temps que la presse l’exposition qui lui est consacrée. Et tout naturellement, il assume le rôle de «guide». Parlant avec humour et finesse de ses créations. Pièces maîtresses de ces «Palimpsestes»: les images reproduites par estampage de… plaques d’égout du monde entier. L’artiste a immortalisé ces «tampons de regard», comme il les appelle, dans les rues d’Arles, de Bruxelles, Liège, New York, pékin, Rome ou Salzbourg. «À quatre pattes, évidemment. Avec ma brosse et mes encres. Cela m’a permis de découvrir les habitants de la ville d’une autre façon. En France, les passants vous repèrent rapidement. Les ménagères d’Arles, filets de provision en main, bavardaient entre elles pour trouver une explication rationnelle à mes curieuses gesticulations».

Fascinantes plaques d’égout

«À New York, à nouveau dans la même position, je n’arrêtais plus personne. Les joggeurs se contentant de lever le pouce ou de lancer un «great» très cool. En Chine, les quidams m’entouraient silencieusement, m’observant à la tâche pendant des heures».

Puissance du trait, alchimie des couleurs, significations qui se téléscopent: l’artiste vadrouilleur arpente les sols et les ciels de notre planète à sa manière. Venus du passé, les éléments qu’il remet en musique et à sa sauce, éclairent notre présent avec (im)pertinence.

NG - équipe de rédaction

Autres actualités à Vie locale

Articles les plus populaires

Les promotions autour de Vie locale