Vie locale - Le prix Nobel sauvé par des Namurois

Ce mercredi, des membres des familles Jourdan et Warnan, de Profondeville, étaient décorés à titre posthume du titre de «Justes parmi les Nations». Ils ont caché François Englert qui risquait l’arrestation par la Gestapo et les camps nazis. Le physicien, prix Nobel en 2013, a fait le déplacement pour témoigner aux familles de ces héros toute sa gratitude pour le risque qu’ils avaient osé prendre pendant la guerre.

François Englert est connu depuis 2013 du grand public pour son Prix Nobel de physique, reçu pour ses recherches sur le boson. C’est en 2013 également, obligé de parler de son enfance pour sa biographie, qu’il raconte une période sa vie restée cachée. Sa famille a trouvé refuge en 1942 à Lustin (Profondeville) auprès de familles namuroises qui avaient choisi de résister. «L’institut YAD VASHEM, qui se charge de retrouver les Justes dans le monde a décidé de leur remettre le diplôme et la médaille de «Justes parmi les Nations». Ils ont mis leur vie en péril pour sauver celle des autres», déclare Simona Frankel, l’ambassadrice d’Israël.

François Englert a 10 ans lorsqu’il est confié à Camille et Louise Jourdan, ainsi qu’à leur fille Yvonne, pendant un an. La famille Jourdan est à l’époque propriétaire du Café/Restaurant de la Gare. Le petit François doit alors faire comme s’il faisait partie de la famille Jourdan et ne pas montrer qu’il connaît ses parents lorsqu’ils les croisent dans le café. Eux étaient cachés ailleurs. «C’était une vie de solitude car je devais éviter les rencontres avec les autres enfants pour ne pas être découvert», relate le chercheur. Ce sont les filles d’Yvonne Jourdan qui ont récupéré les décorations pour leur mère qui avait à l’époque 19 ans. Le dernier prix Nobel belge explique: «avec Yvonne, j’ai découvert le piano.»

Sa cache découverte

Mais après un an d’une vie presque normale, la cache est découverte. «J’ai dû aller chez Achille Moreels. Quelques heures après mon arrivée chez lui, la Gestapo perquisitionnait chez les Jourdan.» Là encore, il est sauvé par la bravoure des habitants de Profondeville «qui est l’endroit, proportionnellement à la taille du territoire, où le plus de Juifs ont été sauvés en Europe», d’après l’ambassadrice. François Englert raconte qu’il est retourné quelques années après chez Achille Moreels qui était encore vivant à l’époque. «Il y avait un portrait de moi sur la cheminée. C’était très émouvant…» Malgré les recherches, aucun descendant de cet homme n’a pu être retrouvé.

À l’époque, François Englert échappe donc à la mort et la résilience, il la trouve ensuite auprès de l’abbé Warnan, curé d’Annevoie et résistant. «Il nous a accueillis dans la paroisse et nous a inscrits sous des faux noms à la commune. Les pièces d’identités avaient été obtenues via les réseaux de résistance de l’époque. Il est allé trouver l’évêque pour lui demander la permission de nous baptiser afin que nous puissions continuer notre scolarité», détaille avec émotion l’homme de sciences. François Englert et son frère sont alors inscrits au collège Notre Dame de Dinant. François est interne et son frère, plus vieux, vit dans une famille dinantaise. «Je ne savais pas alors que plusieurs enfants juifs étaient cachés au milieu des élèves par le principal du collège de l’époque.» Après la libération, la famille retourne à Bruxelles où François étudie la physique et cache à tous ces souvenirs difficiles.

L.M. - équipe de rédaction

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