Vie locale - Bernard Champon, céramiste de l’excellence

Quand l’entreprise dans laquelle il travaille depuis 40 ans comme designer met la clé sous la porte, Bernard Champon n’entend pas rester les bras croisés. « Pour moi cela a été une chance. D’abord parce que j’étais proche de la retraite, ensuite parce que je commençais à ne plus trouver ma place dans l’entreprise. Aujourd’hui dans l’industrie, vous ne savez plus ce qui a été fait avant et ce qui sera fait après. Vous travaillez bêtement sur votre petite partie. C’est très frustrant ».

Attiré par la céramique lors d’une formation, Bernard Champon s’inscrit aux cours de la Province de Liège. « Ne pas avoir d’activité était pour moi impensable. Le travail de la terre m’a tout de suite passionné. C’est tellement complexe et varié ». Rapidement, il développe son propre style: une céramique épurée conçue à la façon d’un designer avec un très haut degré d’exigence. « Cela vient de mon père qui avait le goût du travail bien fait. Je ne suis jamais content de ce que je fais. Je recherche toujours l’excellence ». Ainsi, son travail est d’abord entièrement modélisé en 3D sur un programme informatique. Puis certaines pièces sont tournées. Elles sont ensuite découpées ou déformées et assemblées. « Comme un designer, je vais vers le plus de simplicité possible sans retirer ni ajouter de la matière. À partir du cylindre façonné sur le tour, j’aplatis le haut pour faire les oreilles du hibou par exemple. Contrairement à mon ancien métier, je peux tout contrôler. Les animaux permettent la stylisation. Je vais vers une forme simple qui donne une idée de la forme de l’animal mais tout de suite reconnaissable. Les phoques sont construits à partir de cônes ».

Travailleur acharné, Bernard Champon peut passer des heures dans son atelier de Comblain-au-Pont, un atelier dont il a construit la cabine d’émaillage et carrément inventé et conçu certains outils inexistants dans le commerce. Sa série des toupies par exemple a été tourné sur une forme en plâtre fixée sur le tour afin d’obtenir un fond biseauté. Pour le décor emmaillé, le céramiste s’est inspiré du peintre Soulages. Il réalise pour le moment une série de masques «pseudo-historiques» inspirés de l’Histoire mais aussi du futur avec des masques de robots… Bernard Champon, s’il a une idée à la seconde, va déployer tout son génie d’inventeur pour le réaliser. « Je suis une machine à idée » se moque t-il « Tout m’inspire, le dessin d’une feuille d’arbre jusqu’aux images sur Internet ». Il choisit les meilleurs matériaux, même s’ils sont plus chers « Comme cela quand je réussis, je suis super content. Lorsque je rate, c’est entièrement de ma faute ». D’ailleurs, il utilise plutôt l’engobe (un enduit à base de terre et de pigments) que l’émail car l’émaillage est difficile à contrôler. Aujourd’hui, Bernard Champon réalise enfin son rêve de créer une pièce de A à Z, de pouvoir toucher du doigt ce qu’il crée. « Quand vous travaillez la terre, vous vous salissez. Il faut rentrer dedans. Mais on crée quelque chose de concret, pas de virtuel. Ce que j’aime c’est avoir des projets tout le temps. Me réveiller la nuit pour voir si ma pièce sèche bien. C’est un secret de vie. Il faut toujours être actif ».

Bernard Champon, rue du Centre 10 à Comblain-au-Pont

Tél.: 0497 88 92 71

Facebook.com/bchampon

Nadine Romieu - équipe de rédaction

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