Vie locale - Xavier Rouillon: une journée dans la vie d’un ténor

À 34 ans ce jeune homme à la haute stature et au regard captivant a déjà jeté les bases d’une carrière prometteuse à l’international. Rencontre dans sa maison d’Embourg par une journée ensoleillée.

Né en France dans une famille de chanteurs. Son père Philippe Rouillon, de l’Opéra Royal de Wallonie et son frère sont barytons. Baigné depuis l’enfance dans le milieu de l’art lyrique, il passe tous les étés au festival de Bregen en Autriche où dès l’âge de six ans il est figurant puis choriste. Il y retournera comme soliste.

Pendant sa dernière année de lycée, il suit des cours par correspondance pour voyager avec ses parents au gré des contrats de père, Amsterdam, Berlin, Tel-Aviv, Milan… Cette vie le fait rêver. C’est une année décisive qui va lui donner l’envie d’entreprendre une carrière de chanteur. « Puis nous nous sommes installés à Liège. J’avais 17 ans, je n’avais jamais chanté. J’ai préparé d’arrache pied le concours du Conservatoire avec mon père et je l’ai réussi. Parallèlement, j’ai commencé le Droit à l’Université mais j’ai vite abandonné… ». Au Conservatoire il est notamment formé par Christiane Lemaître, dont il garde un souvenir ému « on pouvait tout chanter avec elle, de l’opéra comme de la comédie musicale. Quand elle est partie, je suis parti ».

Commence alors la vraie vie de chanteur d’Opéra: les auditions, d’abord pour chanter dans les chœurs puis comme soliste, mais les places sont chères. « Parfois on est 400 pour un rôle. On postule d’abord en ligne, on envoie son CV et un fichier MP3, puis on est convoqué… ou pas. Si vous l’êtes, vous êtes auditionné 3 minutes ».

La concurrence est rude. Le métier évolue très vite. Les chanteurs de l’Est acceptent des cachets dérisoires. Beaucoup d’Opéra ont dû fermer à cause de coupes budgétaires…

«On joue sa carrière à chaque fois»

« C’est un métier très dur pour quelques instants de bonheur qui n’ont pas de prix. C’est de l’adrénaline pure, même si j’ai le trac au début. En même temps, on joue sa carrière à chaque fois. On ne peut pas se planter sinon c’est dramatique. Ce que j’aime c’est, l’espace d’un soir, pouvoir devenir quelqu’un d’autre. J’adore me déguiser, entrer dans le rôle, pouvoir m’exprimer à travers un personnage. L’important c’est de vivre un rôle, de ne pas trop réfléchir et comme me l’a toujours dit mon père, de donner, d’être convaincu pour être convaincant ».

Un rôle demande des mois de travail en amont avec un pianiste. « Hillary Caine est ma pianiste et Chef de Chant à l’ORW. Quand on arrive aux répétitions, on doit déjà connaître parfaitement son rôle ». On répète d’abord avec le Chef d’Orchestre et tous les solistes, puis avec le Metteur en Scène et enfin avec le Chef de Chant. « À Liège, ils sont géniaux, ce sont nos nounous, ils nous encouragent, font tampon avec le chef d’orchestre ». Vient alors La Couturière (filage en costumes) avec le piano, puis L’Italienne (filage avec tout l’orchestre). « C’est là que l’on redécouvre la musique, que l’on retrouve ses repères. » Le plus difficile est de rassembler les gens qui participent au spectacle. Le soliste est souvent seul. Les artistes ne sortent pas le soir pendant un spectacle pour ne pas abîmer leur voix… « Sur certaines productions, on tisse des liens, surtout lorsqu’on joue ensemble, comme sur «Turandot» où je jouais Pang, l’un des trois ministres. Beaucoup de spectacles sont de bons souvenirs comme le rôle d’Azor dans Zémire et Azor de Grétry, mon dernier spectacle à l’ORW. Aujourd’hui il y a Facebook pour se retrouver un peu mais quand le rideau tombe, la vie de chanteur s’arrête un peu ». Jusqu’au prochain rôle… Don José dans Carmen peut-être?

Nadine Romieu - équipe de rédaction

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