Vie locale - La promesse de Macron menace 4.500 jobs wallons

Une bonne part des Wallons étaient scotchés devant leur télévision, mercredi soir, pour suivre le débat opposant Marine Le Pen à Emmanuel Macron. Ceux qui ont réussi à écouter cette foire d’empoigne verbale jusqu’au bout auront peut-être entendu le candidat «centriste» énoncer dans sa carte blanche une promesse de créer des places pour les jeunes handicapés mentaux nationaux «afin qu’ils n’aillent plus à l’étranger.» Et Marine Le Pen n’a pas semblé opposée à cette volonté de son opposant.

Or, une bonne partie de ces expatriés sont dirigés vers la Wallonie. Actuellement, selon Sophie Rucquoy, directrice des services accueil et hébergement des adultes à l’AVIQ, on dénombrerait environ 6.000 personnes handicapées françaises hébergées en Wallonie, ce qui procurerait du travail à plus de 4.000 personnes. Sans compter les emplois indirects. Perdre tous ces jobs serait encore plus destructeur d’emplois que la fermeture de Caterpillar Gosselies, sous-traitants compris!

En Wallonie, environ 140 institutions accueillent des personnes handicapées françaises. Ainsi, la Cité de l’espoir, qui, explique son directeur, Éric Grava, en héberge 28 venant de France, sur 310 pensionnaires, à Andrimont. Le château de la Roseraie, à Spa, abrite, lui, 92 personnes handicapées, dont 85 résidents, explique Jean-Pol Bollette, administrateur délégué de l’ASBL Ensemble Château Roseraie. À Spa également, le Domaine des Sorbiers accueille aussi 74 pensionnaires, dont de très nombreux Français.

Six fois plus cher en France

Pourquoi sont-ils si nombreux ici? Parce que dans leur pays, il n’y a pas assez de place d’accueil pour eux. Du coup, la France finance leur présence hors frontière, pour 185,25 euros par jour et patient, explique Éric Grava. Rien à côté de ce que la France payerait chez elle: entre 450 et 1.100 euros, soit près de 6 fois plus. C’est dû au fait qu’outre-Quiévrain, les patients sont logés dans des institutions hospitalières, souvent psychiatriques. Chez nous, l’approche est plus pédagogique, avec des éducateurs en grand nombre.

Faut-il craindre pour nos institutions et nos emplois? Oui, si Macron maintient le cap et y met les moyens. D’ailleurs, un virage a déjà été esquissé côté français, depuis deux ans environ, explique Jean-Pol Bollette. Néanmoins, le retard est encore gigantesque. Tant en termes d’infrastructures que pour la formation du personnel. Ce qui fait dire à Jean-Pol Bollette: «Si cela se passe, ce ne sera pas avant quinze ans.» Sophie Rucquoy confirme: «Je ne pense pas que la France ait maintenant les moyens de sa politique». Du moins sur le court terme, précise-t-elle. Car un tas de demandes d’hébergement ne sont déjà pas satisfaites en France. Et si l’on en ouvrait de nouvelles, ceux qui en sont déjà privés se bousculeraient au portillon. Ils seraient environ 4.000 sans solution rien qu’en Île-de-France, selon Éric Grava.

Par ailleurs, l’expérience et le savoir-faire belge en la matière ne peuvent être rayés de la carte d’un coup. «Les Belges sont bien plus empathiques et conviviaux que les Français, qui sont plutôt des petits psychiatres en col et cravate et qui font leurs 8 heures, puis basta», commente Jean-Paul Dumont, qui est dans le secteur en France et en Belgique depuis 1973.

Pour autant, on imagine que pour les familles françaises, se rapprocher de leurs proches, ce serait un plus. Néanmoins, c’est déjà dans la province de Hainaut et près des limites des deux pays que se situent la plupart des institutions belges accueillant des Français.

L.M. - équipe de rédaction

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