Vie locale - Robert, 88 ans, incollable sur les charbonnages

À 88 ans, Robert Libert, un sympathique habitant de Genly, affiche une phénoménale mémoire en matière de chiffres, dates, personnages…

Il peut vous dire à quelle date a eu lieu telle catastrophe dans tel charbonnage, le nombre de victimes ou encore le nom de l’ingénieur qui a dirigé les opérations. L’octogénaire revient sur les événements qui l’ont marqué, dont plusieurs catastrophes.

Parler de charbonnages avec Robert Libert, c’est évoquer ces catastrophes qui ont jalonné la vie de ce Borain pur jus. «Je n’oublierai jamais la catastrophe du Fief de Lambrechies en 1934, à Quaregnon. J’avais cinq ans et ma mère m’a emmené sur place, raconte Robert. J’ai ce souvenir de la foule, de ces milliers de personnes en deuil et en pleurs. J’ai eu par hasard l’occasion de rencontrer l’ingénieur des opérations de sauvetage. Il martelait ‘ce n’est que du feu partout’

La visite du roi Léopold au Grand-Trait quelques années plus tard l’a aussi marqué. «Ce deuil marquait toutes les générations», souligne Robert.

La centrale de sauvetage des mineurs était située au Grand Trait à Frameries. La catastrophe du bois du Cazier en 56 a amené cette centrale sur le devant de la scène. «Il fallait tenter de sauver ce qui pouvait l’être. Suite à cette catastrophe, les salaires dans les charbonnages ont été réévalués».

Autre événement que Robert ne peut oublier, l’explosion au Grand-Trait en 47-48. «J’allais travailler à mon bureau, le tram nous déposait aux quatre pavés. Nous avons été bloqués. Il y avait un périmètre de sécurité, c’était la confusion la plus totale. Le grisou était monté jusqu’au niveau moins trente. Le souffle était tellement important qu’une pièce complète des bureaux a été totalement décarrelée. L’odeur de brûlé est restée pendant plusieurs jours».

La vie de la mine, c’étaient aussi les mouvements syndicaux. «Je vois encore les gendarmes à cheval venant de Pâturages passer devant notre maison à La Bouverie en 36 pour aller «casser» du gréviste à Frameries

Quand on demande à Robert Libert ce qui est le plus marquant dans la vie sociale du mineur, pas d’hésitation: la Sainte-Barbe. «Quinze jours avant cette fête, les techniciennes de surface montaient une chapelle pour la circonstance. Dans ces moments-là, il n’y avait plus de catholiques, protestants, athées… Nous étions tous mineurs ou ouvriers des charbonnages, insiste Robert. La veille de cette date, on se débrouillait pour ne rien faire. On faisait la tournée des cafés, non sans avoir oublié en matinée la messe de circonstance. Au début des années 50, la tournée des cafés était remplacée par le restaurant. Si on fait bien le calcul, pendant deux jours et demi, le charbonnage était à l’arrêt hormis les permanences. À noter aussi que pour la Sainte-Barbe, le charbonnage nous offrait une dringueille. En 1946, j’ai touché 160 francs. Et pour ma dernière en 1948, mon portefeuille s’est enrichi de 500 francs

Les charbonnages étaient pourvoyeurs de chanteurs, de musiciens mais aussi de sportifs. C’était une forme de sponsoring. «Si des œuvres religieuses recevaient chaque année leurs tonnes de charbon car les charbonnages avaient de grosses affinités avec le monde catholique, les maisons du peuple n’étaient pas non plus oubliées. Je me rappelle que pour une fête, on a été leur porter des poutrelles

LP - équipe de rédaction

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