Torgny - 30 ans au service de Bacchus

En ce vendredi où nous les rencontrons, Claude et ses amis travaillent déjà dans leurs vignes depuis l’aube. En deux groupes, pour la plupart des personnes retraitées, ils vont aujourd’hui dégorger du crémant. C’est-à-dire, retirer les levures mortes dans la bouteille en gelant le goulot de celle-ci avec du glycol, tandis que d’autres membres de la coopérative, sous 28 degrés et dans un paysage digne du sud de la France, sélectionneront les bourgeons de l’arbre fruitier à garder ou à enlever.

« Ici c’est un coin de paradis sous un coin de parapluie », commente Claude, en levant les yeux vers le ciel bleu azur. Cette année, malgré le gel et les faibles quantités espérées, avec des pertes estimées à 75%, « ça devrait être une année exceptionnelle au niveau de l’ensoleillement et donc du goût », assure-t-il. « Ici, on fait principalement du crémant, encore un peu de vin rouge, et des liqueurs à base de jus de raisin auquel on rajoute de l’alcool. » «Mais attention !, lance ce Français dans un clin d’œil à son amis Jacky, on consomme toujours avec modération», rigole-t-il.

Originaire d’Ecouviez, un village à deux kilomètres de Torgny, Claude explique qu’il a, à 64 ans, de la bouteille dans le métier, bien que sa profession n’avait rien avoir avec le raisin.

« J’étais délégué commercial à la SNCF, mais j’ai fait beaucoup de vin pendant 30 ans, car j’avais de très bons amis qui avaient trois hectares de vignes en Champagne. J’ai appris avec eux et lorsque le propriétaire est décédé, j’ai continué avec sa veuve. »

Désormais, retraité depuis une petite dizaine d’année, il a été approché il y a neuf ans par la commune de Rouvroy afin d’être « employé bénévolement» au service de leurs vignes.

Du vin 100% bio

Avec une superficie d’un hectare 64, « on fait à peu près 60 à 65 hectolitres les bonnes années. Ce n’était pas le cas de l’année précédente et ce ne sera pas non plus le cas cette année, car les gelées tardives du début de printemps ont endommagé les premiers bourgeons. Et c’est comme ça pour tout le monde. Le Chablis en France a pris un sacré coup aussi, tout comme les pruniers, les pommiers. C’est triste. Mais on ne peut rien faire contre la nature», dit-il résigné.

Après avoir passé la matinée dans la cave du domaine, niché au pied de l’église de Torgny, à retirer les levures de bouteilles siciliennes, Claude nous emmène dans sa drôle de petite voiture inspecter les vignes. « En ce moment, c’est la période de l’ébourgeonnage. C’est vrai qu’il a gelé, mais il y a toujours un bourgeons qui attend derrière. Quand le premier bourgeon n’a pas gelé, il faut éliminer le deuxième. » En effet, celui-ci se développe trop tard et empêche ainsi les raisins de la première grappe de se développer correctement.

En inspectant les vignes de la commune, Claude nous apprend que «bien que le sol soit pauvre, ce qui est normal pour une vigne, son sol argileux retient l’eau et le calcaire réchauffe la vigne pendant la nuit.» Ainsi, le mariage entre la terre et la plante permet de produire un bon raisin sec, auquel le soleil, ingrédient indispensable, apportera le sucre tant désiré.

Le vignoble exposé plein sud sur les collines de Torgny est désormais Bio depuis 4 ans. « Il n’y a pas de pesticides. Le vin reste toujours interdit aux femmes enceintes, bien sûr, mais c’est tout de même meilleur pour la santé», dit-il en riant. Raison de plus pour le déguster aussitôt. C’est d’ailleurs ce que feront sans plus tarder Claude et sa bande, autour d’un bon barbecue, agrémenté de bulles dans ce cadre idyllique qui évoque les vacances dans le sud de la France...

LM - équipe de rédaction

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