Tenneville - «Nous produisons de la terre à la fourchette»

À 45 ans, Patrick Feller a toujours vécu à la ferme de Cens, près de Tenneville. «Elle est dans la famille depuis 1909. Elle appartenait au début à mon arrière-grand-père». En 1996, il en hérite et reprend les rênes de l’exploitation laitière de ses parents. «Il faut savoir qu’à l’époque, le lait était super-bien payé, car ce n’était pas mécanisé comme maintenant. Il fallait tout faire à la main. Désormais, ce n’est plus le cas.»

Reconversion viandeuse

Dès lors, depuis 2005, il a totalement abandonné cette filière pour se consacrer uniquement à l’élevage de viande bio. «Dans les années 2000 on parlait de la disparition des quotas pour la production de lait, la libéralisation de la production allait certainement entraîner une chute des prix, ce qui s’est révélé vrai plus tard. Donc on a décidé d’arrêter la traite et on s’est reconverti dans la viande.»

Depuis, le cheptel du couple de fermiers compte 150 cochons, 70 bovins «Angus» et le même nombre de brebis «Sambre et Meuse». «Ici on pratique une agriculture bio, sans engrais chimique, sans pesticide, sans herbicide de la terre à la fourchette et sans autre intermédiaire.»

À 11 heures, vient le moment de s’occuper des cochons: «c’est le job préféré de ma femme», raconte Patrick. Nourris avec leurs céréales bios, les porcs vivent en plein air toute l’année sur plusieurs hectares dans un cadre presque idyllique comparé aux centres d’engraissement industriels. «Chez nous, les cochons sont heureux. Ils se connaissent, jouent ensemble et ont une vraie vie sociale. Ils en ont besoin, car ce sont des animaux intelligents au même titre que les chiens», explique Vanessa.

Originaire de Louvain, l’épouse de Patrick est tombée amoureuse de la vie à la ferme en le rencontrant. «J’ai changé de cap à cause de lui. À la base, j’avais fait des études d’infirmière». Au bruit du groin des cochons affamés, Patrick explique qu’ils ont fait le choix d’avoir une agriculture moins intensive et plus respectueuse, car «on sait que le gras d’un porc élevé en plein air contient beaucoup plus d’Omega 3 et de meilleures protéines qu’un porc élevé en bâtiment par exemple».

Boucherie à la ferme

Jusqu’en 2011, date de l’ouverture de leur boucherie à la ferme, les deux agriculteurs amoureux revendaient leur production aux grandes surfaces. Mais ils ont vite changé d’avis. «On ne gagnait rien et on nous laissait juste ce qu’il fallait pour ne pas crever.» Aujourd’hui, avec le circuit court «j’évite que des intermédiaires se sucrent sur mon dos.» Pour franchir cette nouvelle étape où tout est produit, découpé et vendu sur place (seul l’abattage se fait dans un centre agréé), Patrick a dû suivre une formation de boucher pendant 4 ans à Namur. «J’arrive à transformer nos animaux sans adjonction de produits chimiques, sans glutamate conservant qui font rosir ou pâlir la viande.»

Producteur de son propre saucisson, il explique que «dans les firmes industrielles, on n’hésite pas à mettre de l’antibiotique sur les saucissons pour éviter qu’ils ne moisissent tout en les blanchissant avec du talc.» Ce soir-là, la famille Feller profitera sûrement d’une tranche de saucisson accompagnée d’une entrecôte maison, car, Patrick l’avoue en riant, «je suis directement à la source, difficile pour moi de limiter ma consommation». Pourtant, manger moins de viande, Patrick y travaille, car «Alors, manger moins de viande oui, mais mieux! Je pense qu’on va avoir une agriculture à deux vitesses avec des petits producteurs comme nous, en circuit court, et d’immenses complexes agricoles qui vont produire à bas coût pour nourrir la masse.»

Par ailleurs, notons que le week-end du 22 et 23 avril, Patrick et Vanessa seront aux portes ouvertes «Wallonie Bienvenue» à Tenneville. Les bénéfices iront à une association pour un jeune adolescent cancéreux de Houffalize.

LM - équipe de rédaction

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