Stavelot - Autrefois on habitait des maisons

En 1960, Alexandre Vialatte écrivait déjà ceci: Autrefois, on habitait des maisons. C’étaient des endroits qui procuraient à chaque activité le paysage qui lui était naturel; les oignons séchaient au grenier, le vin mûrissait à la cave, (…) on savait où mettre ses souliers, sa pipe, son grand-père, son vélo. Maintenant, il n’y a plus de maisons, mais des taudis ou des chambres d’hôtel, et ce placard nu, cette tombe, ce désert de la soif, bref cette aventure saharienne qu’on a appelée HLM, où l’homme meurt de claustrophobie, par un record de paradoxe, au sein d’un vide illimité. J’ai vu un rat de quatre cent dix grammes y périr en une heure quatorze sur un sol en fibrociment. D’ennui. De dégoût. D’écœurement. De solitude métaphysique.

C’est ce que nous explique aussi l’Abbé Guillaume, dans l’article qu’il consacre à la Vie domestique en Ardenne, autrefois, dans le nouveau numéro de la revue Glain et Salm – Haute Ardenne. Sa mémoire fait revivre les scènes du feu, de la fabrication du beurre ou de la toile de lin dans les maisons de jadis. Si le vocabulaire wallon et les descriptions techniques y sont comme un ballotin de pralines, c’est surtout son rappel d’un certain art de vivre qu’il faut entendre. Le récit des rites, de la magie, de l’autonomie, des compétences. Pensez-y: entre nous et l’an 0, il n’y a que cent générations d’hommes et de femmes. C’est bien moins que le nombre de nos amis Facebook. Cette poignée d’âmes qui a traversé la longue nuit en affrontant les mêmes peines, en répétant les mêmes gestes pour construire patiemment la possibilité que nous existions aujourd’hui vous et moi, nous les avons oubliés en quelques dizaines d’années. Deux millénaires de traditions soldés à la brocante.

Nous savions déjà ce que la technique nous a fait gagner. L’Abbé Guillaume nous explique ce qu’elle nous a fait perdre. Puisque nous sommes guettés par l’ennui, le dégoût, la solitude métaphysique, puisque nous comprenons seulement face aux périls d’aujourd’hui combien nous aurions besoin des anciens héros pour faire face, courrez au Musée du Coticule ou dans les librairies régionales chercher l’édition de décembre de la revue. Hâtez-vous, tant qu’il reste un peu de mémoire à sauver, d’entendre son appel: « Paysan de l’Ardenne, pourquoi se défaire de ces pièces magnifiques au profit des gens dont le bien-être n’existe que pour autant qu’il fût établi à ton détriment? Garde tes vieilleries, elles te parlent d’un passé honnête, juste, laborieux

- équipe de rédaction

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