Namur - Embellie pour le centre-ville namurois

Les grandes villes wallonnes semblent connaître une nouvelle attractivité commerciale. Grâce notamment à l’arrivée de commerçants, issus de l’e-commerce, et d’indépendants attirés par les aides publics et la qualité de l’environnement urbain.

«En vingt ans, je n’ai jamais eu l’occasion d’annoncer cela. » Jean-Luc Calonger s’étonnerait presque de cette embellie. Le président et fondateur de l’Association de management des centres-villes (AMCV), qui chapeaute et coordonne le travail d’équipes implantées dans une vingtaine de villes wallonnes, n’a cessé de dépeindre le déclin de l’attractivité commerciale urbaine depuis le milieu des années 90.

Pour jauger de l’attractivité des centres-villes, ce professeur de géographie commerciale a usé de quatre critères, inscrits dans une méthodologie désormais rodée au fil des baromètres bisannuels, dont le dernier a été présenté ce 5 septembre : le nombre de commerces, le pourcentage de bâtiments commerciaux par rapport à l’ensemble du tissu urbain, le taux de cellules vides et le taux des secteurs liés à l’équipement de la personne et de la maison dans l’offre commerciale locale (la « vocation achat plaisir »).

La comparaison avec les années précédentes n’est pas toujours aisée: des quartiers sont réaménagés et les bâtiments rasés, voire transformés, comme à Charleroi (Rive Gauche) ou à Mons (pour accueillir Primark), tandis que des rues qui avaient perdu leur vocation commerciale renaissent (la rue de Marcinelle à Charleroi ou les rues de la Casquette et Souveraint-Pont à Liège). L’indicateur le plus parlant de la santé commerciale d’une ville reste malgré tout le taux de cellules inoccupées.

Via ce prisme, le taux de Louvain-la-Neuve (3 %) et de Beauraing (4,7 %) « est du même niveau que celui des shoppings centers », observe Jean-Luc Calonger. Ce critère est toutefois réducteur : une ville comme Philippeville affiche le troisième résultat en la matière (6,9 %) mais compte également un des pourcentages de bâtiments commerciaux les plus faibles (67,4 %). Prudence, donc.

Si l’on cumule les quatre axes évoqués, le tableau devient beaucoup plus parlant. « Deux centres-villes se détachent clairement des autres en cumulant leurs atouts », relève l’expert de l’AMCV. «Il s’agit de Liège (87,4 % d’attractivité selon les chiffres de l’AMCV), incontestable premier pôle commercial wallon avec ses 1.128 cellules, et Namur (83,7 %). Suivent Waterloo, Louvain-la- Neuve, Charleroi, où l’effet Rive Gauche se fait ressentir sur le bas de la ville, et Wavre. Ces six centres-villes génèrent une attractivité régionale comparable à celle d’un shopping center », constate Jean-Luc Calonger.

Quoi qu’en laisse penser ces chiffres, l’antienne de la concurrence des centres commerciaux périphériques ne s’est pas tue. L’étalement commercial qui conduit à développer de nouvelles zones en dehors des villes reste une réalité en Wallonie. Avec, note encore le président de l’AMCV, « un impact dans les deux ou trois ans sur le centre-ville voisin ». Ainsi le retail parc de Fosses-la-Ville, en 2013, s’est-il fait ressentir sur l’axe commerçant principal de Namur (rue de l’Ange, rue de Fer) en 2016 et 2017, le taux de cellules vides culminant à 9,7 %. Mais désormais, les promoteurs se tournent vers de plus petites villes, faute de place aux abords des grandes municipalités. Celles-ci ne sont donc pas à l’abri d’un effet à rebours.

Un environnement urbain de qualité

Dans les grandes villes, impactées précocement par l’arrivée des centres commerciaux périphériques, on semble avoir désormais trouvé la parade. Les opérations de rénovation urbaine et les animations éphémères permettant aux gens de se réapproprier l’espace public ont rameuté une chalandise qui a, de facto, attiré de nouveaux commerçants. Plus nécessairement de grandes enseignes internationales, souvent confinées dans l’espace feutré des shoppings centers, mais de nouveaux commerçants indépendants.

Il s’agit notamment, observe Jean-Luc Calonger, de magasins éphémères (pop-up store) ou de « commerçants digitaux », c’est-à-dire des entrepreneurs de l’e-commerce qui, confrontés à la stagnation de leur clientèle, viennent chercher en ville une visibilité auprès d’un nouveau public. C’est le « phygital » (contraction entre physique et digital).

A côté d’eux arrivent aussi d’autres enseignes locales, attirées par les aides publiques telles que Créa Shop (6.000 euros de soutien à l’implantation en ville). « Il s’agit en général de commerçants visant un marché de niche plutôt moyen haut de gamme», analyse le président de l’AMCV. «Cela ne l’intéresse donc pas de s’installer à côté d’un “mass market” bas de gamme tel que Primark. Il recherche un espace urbain restreint avec une qualité du bâti. Il veut développer une identité forte et recherche donc des villes avec une stratégie globale de développement urbain. »

Peut-on déjà parler de redéploiement des centres-villes? Jean-Luc Calonger se montre prudent. « En tout cas, il s’agit d’un nouveau départ. »

P.L. - équipe de rédaction

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