Mons - Une édition pourla culture bis

Le projet, ambitieux et original, associera entre autres des textes classiques et des illustrateurs issus de la culture «bis». Son livre fondateur, «Une Année en Enfer», se déroule à Mons, durant l’affaire du Dépeceur. Sa sortie s’est accompagnée d’une exposition en collaboration avec la Fondation 2025, du 11 au 29 septembre.

« On veut éditer des livres différents», affirme d’emblée Hervé Algrain, cofondateur de «Désastre Immobile» avec Bénédicte Bouton, sa compagne.

«Ma culture, c’est essentiellement la culture bis et underground: polar, horreur, épouvante, fantastique, science-fiction, mais aussi l’expérimental.» Plus qu’un «genre», le bis est un état d’esprit et une manière de travailler «à l’ancienne», faite de passion, de spontanéité, de rencontres et de hasards.

Le premier projet, «Une Année en Enfer», en est l’exemple.

Ce roman illustré met en scène Daniel Jaunes, un personnage, créé par Jan Bucquoy et Tito, qui a mené des enquêtes à travers sept albums de BD entre 1980 et 1989. Hervé Algrain a dû les convaincre de le remettre en service, et mieux, encore, de le dépêcher à Mons, en pleine affaire du Dépeceur de Mons! Autre défi: porter un projet plutôt sombre, avec le soutien de la Fondation 2025: «Les villes mettent en avant leurs aspects positifs, j’ai juste fait l’inverse», explique Hervé Algrain. «J’ai toujours considéré que les histoires sombres, qui constituent l’essentiel de la tradition orale, étaient celles qui ont le plus de profondeur et de résonance dans notre culture. Mons est un point de connexion d’histoires sombres sur plusieurs siècles.» Le projet a débouché sur une exposition à la Maison Folie. «Une Année en Enfer» est en vente dans des libraires hainuyères.

Leur rêve mis en mouvement, Hervé Algrain et Bénédicte Bouton, respectivement directeur dans une multinationale et responsable culture d’une banque, sont déjà tournés vers le futur: «L’une des idées est de prendre des textes classiques, français ou autres, de la poésie ou des romans et de les faire illustrer par des artistes «bis». Quand ils ont été publiés, ces textes ont été interdits et les auteurs ont même parfois fait de la prison. Et deux siècles plus tard, ils sont à la Pléiade et sont enseignés à l’université.»

Le nom «Désastre Immobile» provient d’ailleurs d’un livre d’aphorismes intitulé «L’écriture du désastre» et rédigé par Maurice Blanchot. «L’un de ces aphorismes est: «Un désastre immobile qui pourtant s’approche.»

L’objectif, ambitieux, est aussi de dénicher ces artistes illustrateurs qui, avec le recul, auront été les plus influents de leur génération. Une démarche proche du cinéma qu’affectionne Hervé Algrain: «Des cinéastes comme Dario Argento, David Lynch et John Carpenter ont commencé dans le bis, avec un public très réduit. Puis, ils sont devenus les plus grands cinéastes de leur époque, parce qu’ils ont tout inventé.»

Le prochain projet de Désastre Immobile concernera un classique du XXe siècle, qui devrait être illustré par un artiste japonais. Par la suite, les néo-éditeurs espèrent publier un livre par an.

Facebook: Désastre Immobile

Nicolas Zinque - équipe de rédaction

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