Mons - Alfredo Longo travaille sur un nouveau coeur

Le cœur géant en canettes au rond-point du bois d’Havré, c’est lui! Mais l’œuvre d’Alfredo Longo est loin de se résumer à cette sculpture. Jusqu’au 4 novembre prochain, la Ville de Mons consacre une rétrospective à l’un de ses artistes contemporains les plus connus, à la salle saint Georges. Dans les travées de l’expo, cet «addict» de la canette et de la pop culture nous a évoqué son travail, entre ambitions esthétiques, humanisme et réflexions sur la société de consommation.

Alfredo Longo, pour la première fois, une rétrospective vous est consacrée. Qu’est-ce que ça vous évoque?

–C’est vrai, c’est pour moi une sorte de retour aux sources. Avant d’en venir aux canettes, j’ai fait des expérimentations sur des déchets de carton. Une des pièces est d’ailleurs visible au début du parcours de cette rétrospective. À l’époque, je récupérais des cartons du monde entier dans des grands magasins et je les triturais dans mon atelier. J’avais exposé cette première sculpture hyper-réaliste qui avait choqué. Elle représente un personnage humanoïde casqué, qui ressemble à un accidenté de la route. Le public avait trouvé cette œuvre agressive. En outre, les gens ne comprenaient pas la démarche car en sculpture, les matériaux nobles sont le bois, le bronze, les métaux. J’étais un précurseur du recycl’art.

À quel moment avez-vous compris que vous aviez trouvé votre voie en tant qu’artiste?

- La première fois que je me suis permis d’aller dans des foires d’artistes à Paris avec mes premières sculptures, qui représentaient des taureaux. Je me suis mis en compétition avec des artistes français qui avaient l’habitude de s’exposer dans ces marchés de l’art haut de gamme. J’étais l’un des seuls belges, la concurrence était rude et pourtant, j’ai remarqué que des sculpteurs venaient me féliciter. Puis, il y a eu le public et les galeries qui ont voulu mes pièces. Mais j’ai toujours souhaité rester indépendant. Aujourd’hui, les galeries sont toujours demandeuses mais je choisis les meilleurs emplacements possibles et j’arrive ainsi à faire parler de Mons dans les plus beaux endroits de France et dans le monde entier. Cela me fait plaisir. Je suis fier d’être un ambassadeur de Mons.

Ce n’est qu’en 2006 que vous vous êtes tourné vers les canettes en aluminium. Comment cette matière première s’est imposée à vous?

–Je parcourais la ville en voiture et j’ai été saisi par les couleurs chatoyantes des canettes au bord de la route. À ce moment-là, je voulais me remettre à la sculpture mais j’étais frustré par le caractère éphémère du carton. L’avantage de la canette, c’est qu’elle met jusqu’à 500 ans à se dégrader. Au départ, c’est l’esthétique des canettes qui m’a attiré. Car c’est un objet universel, qui suit la mode et qui me donne le sentiment d’être en connexion totale avec le présent et le mode de vie des gens. Cela ne serait pas le cas, si je travaillais le bronze, par exemple.

La canette est un objet un peu bâtard et vous en faites une œuvre d’art.

Mon ambition est de sublimer ce déchet. D’ailleurs, les personnes qui ne connaissent pas ma démarche croient de prime abord que les sculptures sont en céramique. Je veux marquer l’esprit des gens. Je n’aime pas quand une œuvre est zappée trop rapidement. Prenez les chefs-d’œuvre que nous ont laissés Picasso ou Dali, on peut rester plusieurs minutes à les admirer. C’est vers cela que je veux aller.

Le grand public vous a surtout découvert en 2015, grâce au cœur monumental au rond-point du bois d’Havré. La question que doivent se poser beaucoup d’automobilistes, c’est: pourquoi un cœur à cet endroit?

Parce qu’il est au bois d’Havré et que c’est pour moi la plus belle entrée de la ville. Le bois change de couleur au gré des saisons et ce cœur resplendit avec le soleil et est visible de loin. Il pousse les automobilistes à ralentir car il est éclairé la nuit. Il y a beaucoup moins d’accidents depuis qu’il est installé là. Le cœur, c’est une symbolique d’amour. L’amour entre deux êtres, l’amour filial, l’amour de la terre...On accueille les étrangers avec le cœur et on leur dit au revoir avec le cœur. Ce cœur, c’est aussi celui de la planète.

Cette planète qui nous donne nous et qui a des émotions. Quand on voit tous les désastres climatiques, ça lui fait mal à notre terre. Si elle se révolte, c’est peut-être à cause de nous. Alors, ne la détruisons pas, préservons-la!

Pourriez-vous aller plus loin dans cette démarche participative, en amenant les gens à créer l’œuvre avec vous?

–C’est précisément ce qui va bientôt se passer, ici même, à la salle saint Georges! Je suis en train de préparer un cœur à la demande de la Ville et lors de la Nuit des Musées, en octobre, les visiteurs pourront le customiser avec moi, écrire des petits mots, faire des dessins…

Avec cette rétrospective, c’est une page qui se tourne dans votre travail. Quels sont vos projets? Comptez-vous travailler d’autres matières que la canette?

–Les PMC m’intéressent car il y en a en abondance. Nos océans en sont remplis. Si je faisais un monumental en PMC, peut-être que les gens en prendraient conscience. On verra… Je me laisse guider par mon instinct. Je m’attelle en ce moment à terminer une œuvre pour une entreprise mécène, un grand groupe intérim en France qui a adopté ma philosophie. Cette société redonne une deuxième vie aux travailleurs que l’on jette. Quand ils ont vu que je redonnais vie aux canettes, ils ont tout de suite perçu le point commun entre nous.

Jusqu’au 4/11 en la salle Saint-Georges de Mons. Site? www.alfredolongo.com

V.P - équipe de rédaction

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