Herve - Jean-Marie Doppagne: la mémoire photographique de Herve

A 71 ans, Jean-Marie Doppagne est un peu la mémoire photographique de Herve. Grâce à ses portraits, certains ont pu découvrir un oncle, un grand-père ou une mamie décédés, lors d’une de ses expositions ou sur les sites où il poste ses clichés, notamment «Arvia.be» ou le groupe sur Facebook «Tu es un vrai Hervien si». « Ce sont surtout les jeunes, enfin les moins de 60 ans, qui s’intéressent au passé maintenant. J’ai un vrai dialogue avec eux. Ils me rafraîchissent la mémoire sur certaines personnes dont j’ai oublié le nom. Les plus vieux n’ont ni Internet, ni PC » confie le collectionneur. En 32 ans de carrière à La Poste, il en a connu des Herviens « Autrefois, quand vous étiez facteur, les gens vous faisaient entrer chez eux. On discutait. Les tournées étaient moins longues. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. On était des témoins de la vie des gens, parfois plus que leur propre famille. J’ai vu beaucoup de choses ». Par pudeur et par respect Jean-Marie Doppagne n’évoquera que quelques souvenirs.

«Toutes mes photos racontent une histoire»

Mais il confie quelques anecdotes par-ci par-là. « Vous savez, Il y a quarante ans, il y avait beaucoup de paysans. En 1980, j’ai photographié le dernier fermier de la ville de Herve installé rue Jardon. On l’appelait «l’Auguste» Rogister. Il avait toujours sa pipe attachée à sa veste pour ne pas qu’elle tombe quand il travaillait. C’était des gens très simples, qui vivaient humblement, dans des maisons sans aucun confort ». Toutes les photos de Jean-Marie Doppagne ont une histoire.

Parfois il doit convaincre ses modèles de se laisser photographier. Quand ils refusent, il les prend dans un groupe, au cours d’une fête, « c’est plus facile », ou même à leur insu. « Je suis un collectionneur, c’est un plaisir de posséder un visage que je n’ai pas. » Traqueur de faciès, de trognes d’antan marquées par la vie, les guerres, le photographe ne se lasse jamais « J’aime les vieilles personnes. Pourquoi? Je ne sais pas très bien, peut-être parce qu’elles vont partir bientôt. Je veux garder des traces… ».

Des Portraits au quotidien

Figures du village, élus locaux, commerçants ou artisans, M. Doppagne aime leur tirer le portrait au quotidien. « Pas dans leurs habits du dimanche, alors on ne les reconnaît pas». Dans ses nombreux classeurs, il possède 800 à 900 photos en noir et blanc et le même nombre en couleurs. Il y a Jules Nibus, l’ancien meunier du Moulin d’Asse à Julémont «Un personnage! », des paysans en train de faucher, Maria Lottin qui bat le beurre à la baratte, Alcide Cuvelier, le sabotier, ou encore «Monsieur Mille photos», Alfred Laoureux « qui se poussait toujours sur la photo au point que les photographes en avaient marre », un personnage original descendant des lainiers de Verviers. On y trouve aussi Melchior Wathelet jeune ou Georges Gramme. Et puis, Louis Berlier, seul survivant du Fort de Battice pendant la deuxième guerre mondiale, 99 ans, ou encore le garde-champêtre de Battice, des tendeurs, métier aujourd’hui interdit. « Je me souviens aussi d’un monsieur qui avait vécu la guerre de 14. Il me parlait toujours des tirailleurs sénégalais. Cela l’avait marqué. Avant les gens vivaient toute leur vie dans leur village, ils ne sortaient pas beaucoup de leur environnement. Alors les Sénégalais! Ce vieil homme avait été marqué par la guerre, sa maison était à l’abandon. Un jour, il me dit, facteur, je ne comprends pas, mon pain est tout moisi. Alors je lui dis, mais il est là depuis combien de temps? Il était complètement dépassé. Il vivait dans la misère ».

Tout juste pensionné, notre collectionneur d’images a suivi de près la construction du TGV depuis la démolition des maisons expropriées jusqu’à la construction des trois ponts. Il a même publié un livre «Le Grand Herve au passé et au présent». Il y présente des cartes postales d’avant la destruction de la Ville pendant la guerre de 14-18 en parallèle avec ses photos des mêmes endroits en 1980.

Témoin de la vie des gens, un peu nostalgique, Jean-Marie Doppagne a aussi fixé sur le papier les fêtes communales et autres processions. De l’argentique, il est passé au numérique et photographie aujourd’hui les trois, quatre ou cinq fois vingt lors de leurs réunions hebdomadaires à Manaihant. Avec ses comparses de l’asbl Arvia il s’attelle également à la sauvegarde de milliers de documents et prépare une exposition sur le centenaire de 1918… pour qu’un jour les Herviens se souviennent.

www.arvia.be

www.facebook/situesunvraihervien

Nadine Romieu - équipe de rédaction

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