La Petite Gazette

VLAN  vendredi 5 avril 2019 Vlan

RENÉ HENRY |

Georges Goguin, un passeur de mémoire de 100 ans!

C’est donc le 1er avril dernier que Georges Goguin fêta son 100e anniversaire. Deux jours plus tôt, il a eu la joie de se retrouver, parmi ses nombreux amis, à Aywaille où s’étaient donné rendez-vous les autorités communales d’Aywaille et de Lierneux, de très nombreux porte-drapeaux et représentants de la F.N.C., de la F.N.A.P.G., de l’amicale des Chasseurs Ardennais, ses amis, ses voisins et sa famille.

Ce fut l’occasion de rappeler à tous le formidable parcours effectué par Georges Goguin au travers du siècle écoulé.

Né à Rulles, le 1er avril 1919; c’est à Marbehan qu’il passe son enfance et son adolescence. A 16 ans, on commençait tôt sa carrière professionnelle en ce temps-là, il est apprenti boucher dans une boucherie réputée d’Arlon. Il ne la quittera que le jour de son incorporation, le 15 avril 1938, à la 4e Compagnie des Engins du 2e régiment des Chasseurs Ardennais à Bastogne. Son excellente vue, il l’a gardée, en fera un tireur d’élite. Il occupera ensuite la responsabilité d’armurier de sa compagnie.

Il retrouve la vie civile au printemps 1939 mais ce sera de courte durée puisque, dès le 26 août de la même année, il est rappelé et mobilisé au sein de la 9e Compagnie du 5e Régiment des Chasseurs Ardennais à Seilles. Avec sa compagnie, il gagnera les fortifications protégeant la Meuse à Bas-Oha.

Il fera toute la campagne des 18 jours, vécut le drame de Temploux, échappa de peu à la mort et sera blessé au bras par un éclat d’obus. D’abord soigné à Torhout dans un poste de la Croix-Rouge; ensuite, après la capitulation de la Belgique, il sera forcé par les Allemands à rejoindre une colonne de prisonniers prenant la direction de l’Allemagne. Après le premier jour de marche, profitant de la tombée de la nuit, Georges s’échappe en compagnie d’un ami. Tout à fait épuisés, ils décident de s’arrêter dans une ferme pour dormir un peu mais sont surpris par une sentinelle allemande: «Halte» leur crie-t-on, pleins d’à-propos, ils répondent «Kamarade!» et, s’aidant de gestes, indiquent leur intention de se reposer. Le soldat ennemi les conduira vers une écurie où ils trouvent une petite place pour s’allonger. A leur réveil, une surprise désagréable les attend, l’écurie est remplie de soldats allemands… Sans demander leur reste, Georges et son ami prennent la poudre d’escampette et «empruntent» une moto à l’ennemi. Pas de chance, à peine un kilomètre plus loin, la moto tombe en panne d’essence!

Ils seront repris et embarqués dans un wagon à marchandise vers Zagan, près de Gorlitz en Pologne, stalag VIIIC. Peu de temps après, ils seront transférés à Buchwald, à la frontière de la Tchécoslovaquie où il sera désigné pour travailler dans une ferme. Le travail y est pénible mais, heureusement, la nourriture est bonne. Durant sa captivité, Georges travaillera également comme mineur de fond à Hermsdorf, comme ouvrier de cokerie, comme équarrisseur dans un abattoir à Waldenburg puis comme boucher.

Le 4 mai 1945, les prisonniers constatent à leur réveil que leurs gardiens ont disparu et ils se libèrent eux-mêmes. Georges entame alors son long périple de retour qui le ramènera à Marbehan durant l’été 1945.

Georges sera ensuite gendarme à Corbion s/Semois et à Lierneux jusqu’à sa retraite, toujours active. Il y a peu de temps, il était encore dans les classes de l’école communale de Harzé pour transmettre ses souvenirs aux jeunes élèves qui le remercièrent d’ailleurs d’un joli présent.

Le parcours de Georges Goguin et son infatigable devoir de mémoire lui ont valu les plus hautes distinctions honorifiques et il a bien raison d’en être très fier!

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