La Petite Gazette

VLAN  lundi 25 mars 2019 Vlan

RENÉ HENRY |

A Embourg, en 1943

M. Jacques de Ville est né en 1937, il habite aujourd’hui Beaufays. Durant la guerre, il a vécu avec ses cousins, oncle et tante, à Embourg, dans la grande propriété dite «Les Croisiers», avenue des Ardennes, là où s’élève de nos jours une grande surface. Il a consigné ses souvenirs dans une plaquette qu’il destine à ses enfants et petits-enfants. Il m’a gentiment autorisé à en publier quelques extraits. Vous en avez découvert un il y a quelques semaines, vous l’avez apprécié et m’en avez demandé davantage. Voici dès lors un autre de ses souvenirs:

«En 1943, Théo Schraepen, mon oncle habitait la superbe villa Steevenaerd, entre les Croisiers et la rue Pierre Henvard. Il avait un poste à l’administration du Chemin de Fer Belge qui permettait, dans certaines circonstances, de mettre à l’abri des ressortissants recherchés par la Gestapo ou par l’armée allemande de connivence avec.

Théo Schraepen collaborait avec Monsieur X (celui-ci m’a demandé en son temps de ne pas citer son nom) et cette situation, quelquefois très osée et dangereuse, pouvait facilement être repérée par l’ennemi. La situation la plus risquée et la plus dangereuse que j’ai vécue, sans m’en rendre compte, c’était le cas de Monsieur Nivelle, policier à Bruxelles, torturé par la Gestapo et sorti de leurs griffes par des résistants de Schaerbeek. Théo Schraepen amena le fugitif chez Madame Lacroix qui était propriétaire du café et du Théâtre Lacroix qui se situait au croisement de la rue Pierre Henvard et de la grand-route, où se trouve actuellement le café Rubens.

Madame Lacroix avait aménagé sommairement une cachette dans la fosse et les coulisses de son théâtre ainsi que sous le plancher de la salle de danse qui pouvait servir, entre autres, de dortoir. Madame Lacroix, cette grande patriote, devait certainement accueillir d’autres ressortissants appartenant à des réseaux officiels de la résistance environnante mais, à l’époque, c’était silence et bouche cousue.

Monsieur Nivelle logeait et vivait dans la fosse crue et non chauffée du théâtre, étant en très mauvaise santé, il risquait de ne pas survivre à ce régime. Yhéo prévint son frère Alphonse Schraepen des Croisisers qui le prit en charge avec tante Josée, son épouse. Ma mère, Hélène Schraepen, était au courant de la situation très compromettante; tante Josée et ma mère préparèrent, au premier étage des Croisiers, une chambre chauffée au feu de bois. C’est le Dr Raymond Deteux qui soignait clandestinement le fugitif et qui le remit sur pied.

Suite probablement à une dénonciation, mon oncle Théo a dû subir deux perquisitions, sa villa et les Croisisers. C’est un soldat allemand armé d’un fusil qui obligea l’oncle à lui faire visiter toutes pièces, de la cave au grenier, de chez Steevenaerd ainsi que les Croisiers… C’était une perquisition en règle. Edmond, mon cousin, et moi-même jouions avec nos petites voitures dans le couloir du premier étage quand arriva l’oncle Théo accompagné de l’Allemand qui nous demanda gentiment d’aller jouer dehors.

C’est à peu près à cet instant que l’Allemand est rentré dans la chambre où Monsieur Nivelle se cachait, sorti de son lit, l’air hagard et les cheveux en bataille. L’Allemand au grand fusil demanda des explications à mon oncle Théo qui répondit qu’il s’agissait d’un membre de la famille, simple d’esprit mais inoffensif… Incroyable mais vrai, l’Allemand a cru Théo et n’a pas insisté et a mis fin à ses investigations. Théo a fait preuve d’un sang-froid fantastique, le fait qu’il parlait allemand a probablement donné confiance au perquisitionneur!»

Vos courriers à La Petite Gazette sont à adresser à henry-rené@hotmail.com

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