Michel Brunelli, le Lucifer de SIS: «Les gens se souviennent encore de La Honte des ondes»

VLAN  mercredi 6 février 2019 Vlan

PORTRAIT | Station Indépendante Satellite fête ses 40 ans. Michel Brunelli, dit Lucifer, évoque le passé d’une radio dont toute une génération se souvient.

Qu’ont en commun André Lamy, Soda, Philippe Soreil, Stéphane Rosenblatt, Richard Ruben, Stephan Streker, Jean-Jacques Deleeuw, Claude Moniquet, Philippe Henri, Paul Grosjean, Stéphane Shaw ou encore Dany Weekers? Ils ont tous fait partie de l’aventure SIS (pour Station Indépendante Satellite), une radio pirate fondée voici 40 ans par Michel Brunelli. Une radio libre qui a défrayé les ondes à l’époque et subie de nombreuses saisies de matériel. Parfois assorties de l’arrestation de ses animateurs. Notamment pour son émission phare du dimanche soir ‘La honte des ondes’. Toute une génération s’en rappelle encore.

Rencontre avec Michel Brunelli, ex Lucifer, toujours actif sur les ondes (avec BXFM – 104.3), qui évoque avec ferveur le temps joyeux de SIS, la plus célèbre des radios libres de notre pays avec Radio Contact.

«J’aurais pu m’appeler Tarzan!»

Plongez-vous 40 ans en arrière! La plupart des foyers n’étaient encore dotés que des télévisions en noir et blanc. Mais surtout, la radio ne diffusait que des programmes de la RTB nationale. Et puis, sont venues les radios libres qui se sont emparées des fréquences FM. En toute illégalité car il n’était pas question que la RTB abandonne son monopole. Des radios pirates, dont certaines émettaient depuis des bateaux dans les eaux internationales pour échapper aux contrôles et saisies. Ce qui n’était pas le luxe de toutes les radios. Michel Brunelli (aujourd’hui 58 ans) se rappelle comment il est arrivé dans la radio. «J’ai grandi dans la Galerie de la Reine, je suis un gars de l’Îlot Sacré. Mon ami Jo Bagno avait un magasin de disques très connu dans la rue Marché-aux-Herbes. Un jour, il m’a demandé de le rejoindre sur Radio Iris, une radio financée par le FDF. La veille, j’avais vu le film ‘La Beauté du Diable’ qui racontait l’histoire de Faust et où Michel Simon gueulait Lucifer à plusieurs reprises. J’ai décidé de prendre ce pseudo à la radio. Si j’avais regardé Tarzan, j’aurais peut-être eu un autre nom.»

‘La honte des ondes’

Il ne fera pas long feu sur radio Iris. «J’avais trouvé le slogan ‘Radio Iris: la radio qui hérisse le pénis’. Cela n’a pas plu et ils m’ont renvoyé. Ce qu’ils ont encore moins apprécié c’est que je sois parti avec 80% des animateurs, dont Philippe Soreil qui était leur animateur vedette, et qu’on a créé notre propre radio. Tout cela, en brouillant leurs ondes avec un plus gros émetteur. Du jour au lendemain, ils n’avaient plus d’animateurs, plus d’ondes. Je l’ai appelée SIS car Satellite faisait moderne et qu’on voulait être politiquement indépendant».

Ce qui ne veut pas dire politiquement correct. «Notre émission phare était ‘La honte des ondes’. Tout le monde l’écoutait le dimanche soir, de 20h à minuit. On y faisait dépuceler des jeunes et vieux puceaux par quatre étudiantes en psychologie. Ils venaient ensuite raconter à la radio comment cela s’était passé. Il y avait quelques indignés, mais surtout des milliers de gens qui adoraient. On montait parfois jusqu’à plus de 100.000 auditeurs. Encore aujourd’hui, je rencontre des gens qui m’écoutaient et m’en parlent avec nostalgie».

Saisies et visites de la BSR

Une émission qui lui vaudra quelques soucis. Non seulement parce que les radios libres n’étaient pas autorisées, mais aussi à cause de son contenu. «Plusieurs fois, la BSR (NDLR: Brigade de Surveillance et de Recherche) a débarqué dans nos studios avec le procureur du Roi et on était embarqué manu militari. A plusieurs reprises, j’ai été auditionné dans les bâtiments du Parquet, à côté du Palais de justice. L’un des procureurs était à bout de nerfs de chaque fois devoir m’écouter dans la nuit du dimanche. Il m’a supplié d’arrêter mon émission pour le bien de son couple, de sa vie de famille.»

Lors des perquisitions, le matériel était généralement saisi car les radios libres n’étaient pas légales. «A chaque fois, on partait racheter un émetteur et d’autres éléments en Italie. On partait en train et on revenait dans une voiture de location pour transporter tout l’équipement. J’ai bien fait le voyage une quinzaine de fois. C’est rigolo à dire maintenant, mais à chaque fois, on perdait beaucoup d’argent. Heureusement, on a pu compter sur l’appui financier de Serge Borenszstein et de Michel Solujic qui tenait notamment les boîtes du Circus (à Waterloo) et L’Arlequin (au centre-ville).»

En 1986, au bout de huit années de combat, les radios libres remportent le combat. «On a cassé le monopole de la RTB. On est à l’origine de RTL, NRJ, Fun et de tous les groupes financiers qui se sont engouffrés dans la route ouverte par les radios libres ou pirates. SIS a terminé peu après, en 1988 ou 1989, pour être reprise par NRJ. J’ai continué avec Top FM quelques années. Puis, j’ai dirigé Nostalgie Bruxelles jusqu’en 1996. En 2012, j’ai co-fondé BXFM qui diffuse tous les jours un programme Bruxelles/Europe sur 104.3 FM».

Propos recueillis par Julien SEMNINCKX

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