Entre l’orgue et André Thomas,une histoire d’amour qui perdure

VLAN  mercredi 12 décembre 2018 Vlan

STAVELOT | La Manufacture d’orgues Thomas est connue bien au-delà des frontières de Stavelot. Rencontre avec André Thomas, le patriarche, fondateur de l’entreprise familiale, que le Collège communal a souhaité nommer citoyen d’honneur de la Ville de Stavelot.

Tout juste âgé de 18 ans, c’est la passion du travail du bois et l’amour pour la musique d’église qui ont d’abord mené le Sterlain André Thomas à travailler dans une manufacture d’orgues à Malmedy. « J’y suis entré comme ébéniste, mais j’ai très vite participé au travail des tuyaux, des commandes mécaniques, de l’harmonisation… Et en 1965, avec mon épouse, nous avons décidé de nous installer dans l’ancienne laiterie du village à Ster

Petit à petit, la Manufacture d’orgues Thomas s’agrandit, s’ouvre à la famille (ses fils Dominique, Samuel et David y travaillent, ainsi que son petit-fils Jean-Sébastien) et compte aujourd’hui 18 employés. Chacun s’épanouit depuis l’année dernière dans le nouveau hall de 3000 m² aménagé à Stavelot, sur l’ancien site des imprimeries Chauveheid. « Chacune des personnes qui travaille ici évolue dans un domaine différent. Le facteur d’orgues doit savoir faire beaucoup de choses et il me paraît difficile de tout faire parfaitement. Nous tendons vers l’excellence et pour y parvenir, nous recherchons une complémentarité dans notre personnel. »

Tous les corps de métiers du facteur d’orgue se retrouvent donc dans l’entreprise d’André Thomas, depuis le dessinateur en passant par celui qui fabrique le meuble (le buffet), celui qui réalise les sommiers (qui supportent les tuyaux), les claviers, les soufflets, les mécaniques, le tuyautier et, enfin, le travail de l’harmoniste. « Il est comme un peintre: il donne la couleur sonore à chaque tuyau, en fonction de l’esthétique de l’instrument. C’est un travail très important, assure André Thomas. Quand on nous commande un nouvel orgue, la première question que nous posons est d’ailleurs «Quelle musique voulez-vous favoriser dans votre instrument? »»

Né au XVIIIe siècle et développé au IXe siècle avec la propagation des abbayes, l’orgue ne sonne en effet pas de la même façon dans les différents pays du monde. À la Manufacture Thomas, on en a bien conscience! Au fil des années, la manufacture est passée de la construction d’orgues pour les églises de villages à la confection de pièces plus somptueuses dans le monde entier. Au total, plus de 130 restaurations et autant d’instruments neufs ont été réalisés par la famille Thomas et son équipe depuis sa création. « Quand nous fabriquons des orgues, c’est essentiellement pour l’église catholique ou protestante, mais il y en a aussi pour des académies ou des conservatoires. Nous avons enfin une toute petite clientèle de privés, des organistes qui souhaitent travailler chez eux

Si les manufactures d’orgues ne courent plus les rues, la pérennité de l’entreprise Thomas n’est pas à questionner. « Notre carnet de commandes est déjà rempli pour quatre années! Nous venons de terminer un chantier en Suisse, nous avons plusieurs projets en Allemagne, un à venir en Pologne… » Ces restaurations et constructions d’orgues peuvent durer plusieurs mois. L’orgue de la cathédrale de Monaco a représenté près de huit mois de travail sur place. Et si vous souhaitez acquérir un orgue, il faut compter entre 50 000€ et… plus de trois millions!

Lorsqu’on lui demande ses autres passions, André Thomas revient à la musique. Il est en effet aussi organiste dans son village de Ster depuis 62 ans. « Mon seul regret dans la vie, c’est de ne pas avoir fait le conservatoire… Je fais également partie de la chorale Crisnir à Ster et j’ai joué au foot pendant 26 ans.» À presque 80 ans, s’il continue à venir chaque jour à la manufacture malgré qu’il ait officiellement passé le flambeau, André Thomas aime aussi profiter de sa famille. « J’ai une très gentille femme à laquelle je suis marié depuis 57 ans! Nous avons 5 enfants, 15 petits-enfants et je suis aussi deux fois arrière-grand-père

André Thomas, un citoyen d’honneur

Le 30 novembre dernier, le Collège communal de Stavelot a souhaité décerner à André Thomas le titre de citoyen d’honneur. Une belle reconnaissance pour celui qui souhaite surtout mettre à l’honneur les personnes qui ont permis à la Manufacture d’être ce qu’elle est aujourd’hui.

Élodie Christophe

Vlan

Commerces à découvrir