Souvenirs de guerre

VLAN  mercredi 12 décembre 2018 Vlan

STAVELOT |

Écrits par des hommes fascinés par son aspect militaire, les ouvrages sur la bataille de Stavelot évoquent assez peu le rôle joué par les femmes lors de ces événements tragiques. Elles ont pourtant remporté une victoire essentielle qui aurait dû susciter leur admiration. En témoigne le récit que nous a confié Joséphine Tombeux – Leroy. Elle habitait au Stockeu et elle avait 16 ans. « Le lundi 18 décembre, il faisait encore noir quand les premiers coups de feu ont été tirés. Toute la famille se terrait, personne n’osait sortir. »

Lorsque le jour se lève, la bataille pour le pont s’engage et le Stockeu est sous le feu. Le 20 dans la matinée, les SS surgissent: « Ils ont d’abord tiré dans la fenêtre. Puis ils nous ont poussés dehors.» Les hommes – parmi lesquels le père et le frère de Joséphine – sont abattus. Les femmes et les enfants se cachent dans une cave. Lorsque Joséphine sort pour aller chercher de l’eau et quelques pommes, elle est prise pour cible. Pourtant, les enfants doivent manger et boire. Alors, elle court de toutes ses forces et échappe au danger. Ensuite, le jour de Noël, les SS décident d’évacuer les survivants du Stockeu vers Somagne: « En nous retournant, nous avons vu que la première rangée de Bellevue brûlait et nous avons pensé que les Allemands allaient incendier toutes les maisons. Quand la neige s’est mise à tomber (NDLR: le 30 décembre), les soldats nous ont à nouveau chassés

Le groupe d’évacués se dirige alors vers Wanne. Joséphine pousse une voiture d’enfant où un bébé est assis alors que sa maman tient un bambin par la main. Le lendemain, le groupe est à Commanster. La peur, la mort omniprésente, le froid terrible, la faim et la fatigue font de ce voyage un enfer. « Au matin, nous avons pris la direction de Rogery. J’étais épuisée. Dans la neige, la voiturette était presque impossible à pousser. Maman marchait devant. Je l’ai appelée. Je voulais rester là, abandonner.» Sa maman l’encourage, il faut sauver les enfants. Alors Joséphine se remet en marche… Sa victoire, celle de sa maman et de toutes les femmes qui permirent aux enfants de survivre, c’est la victoire de l’humanité. « Une femme, quand elle est héroïque, ne l’est pas à demi », a écrit George Sand.

P. Lefebvre

Vlan

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