Pierre Kompany, itinéraire d’un réfugié persévérant

VLAN  mardi 20 novembre 2018 Vlan

GANSHOREN | Pierre Kompany sera le prochain bourgmestre de Ganshoren. Réfugié politique, diplômé en ingénieur mécanique, taximan, instituteur aux Arts et métier, chef d’équipes chez DHL, échevin des Travaux publics, de la Mobilité et de la Propreté, il a gravi les échelons et imposé le respect à force de volonté et de courage.

Ganshoren est une commune d’environ 25.000 habitants. Durant les six prochaines années, elle sera dirigée par Pierre Kompany (ProGanshoren – cdH) dans une majorité avec le MR et Défi. Un futur bourgmestre qui avait déjà été échevin (PS) de 2006 à 2012. À l’époque, il aurait dû rempiler dans cette fonction, mais un changement d’alliance du maïeur Hervé Gillard (aujourd’hui décédé) avait rejeté sa liste dans l’opposition. Mais pour le nouveau bourgmestre, il s’agit du passé. Il souhaite partir sur de bonnes bases dans cette nouvelle législature.

Originaire du Congo

Pierre Kompany est originaire de la République Démocratique Du Congo. Son papa vient du Kasaï, sa maman du Kivu. Opposant au régime de Mobutu, il est arrivé en Belgique en 1975, à ses 27 ans, avec le statut de réfugié politique et une formation d’ingénieur. «En attendant d’avoir mes papiers, j’ai d’abord logé chez mon frère à Schaerbeek. Puis, je me suis installé à Etterbeek, dans le quartier Saint-Pierre, près de la maison communale. J’habitais un petit grenier où je donnais des cours de mathématiques. Lorsque j’ai été reconnu comme réfugié, j’ai pu continuer mes études d’ingénieur mécanique, en option aéronautique, à l’ISIB. En même temps, je travaillais comme taximan. Dans le quartier, je suis devenu très proche avec des parents. J’ai notamment dirigé l’équipe de foot amateurs des lieux. Il s’agissait du Cercle, du nom du café qui y existe toujours.»

Etterbeek puis le quartier Nord

Au bout de cinq ans, Pierre Kompany quitte Etterbeek pour un logement de l’avenue de l’Héliport, dans le quartier Nord. «Je m’y suis installé ave la mère de mes enfants. Nous n’étions pas encore mariés. À la fin de mes études, j’ai commencé comme professeur de mécanique aux Arts et métiers d’Erquelinnes. C’était du côté de Charleroi, mais je n’allais pas refuser cette proposition d’emploi. J’y allais chaque jour en train. Puis, j’ai travaillé chez DHL où j’ai gravi les échelons pour devenir manager de stocks, puis ‘quality controler’ et diriger des équipes de plusieurs dizaines de personnes. Au bout de 10 ans, je suis revenu dans l’enseignement, aux Arts et métiers de Bruxelles où je donnais cours de mécanique, d’hydraulique, de pneumatique et de dessin industriel. Là aussi, durant 10 ans, jusqu’à ma pension en 2012 avec le titre de professeur à titre honorifique.»

Militant actif

C’est en 2004 que Pierre Kompany déménage pour Ganshoren, près de la basilique de Koekelberg. Il s’y présente aux élections communales de 2006 sur la liste PS de la bourgmestre Michèle Carthé. «Dès mes 18 ans, je faisais déjà de la politique au Congo. En 1969, quand l’armée a tiré sur les étudiants opposés à Mobutu à Kinshasa, j’étais là. J’ai échappé aux arrestations et au massacre des étudiants de l’université de Lovanium. Sans cela, je serais peut-être déjà mort depuis bien longtemps. Lorsque je suis arrivé en Belgique, en 1975, je suis rentré chez les Jeunes socialistes car je venais de la Gauche au Congo. En Belgique, je me suis notamment battu pour la reconnaissance du statut des réfugiés politiques. J’étais un militant actif lors des campagnes électorales, mais pas candidat car j’avais trois enfants que je devais amener aux sports tous les soirs. Je n’avais pas de temps pour participer aux différentes réunions. Lorsque j’ai déménagé pour Ganshoren en 2004, Vincent avait déjà le statut de footballeur professionnel et le dernier allait commencer à conduire tout seul. J’étais débarrassé du souci de chauffeur et j’ai donc décidé de me présenter aux élections communales.»

Echevin puis député

En 2006, à l’issue des élections communales, Pierre Kompany devient échevin des Travaux publics, de la Mobilité, de l’Environnement et de la Propreté à Ganshoren. «J’y ai réalisé de nombreuses choses visibles et respectables. Puis, en 2012, il y a eu un coup fourré. Je suis tombé dans l’opposition, mais c’est du passé.» Entretemps, en fin de législature, Pierre Kompany était passé du PS au cdH. «Il y a eu une mésentente avec la tête de liste et plusieurs candidats ont décidé de créer Pro-Ganshoren. J’ai choisi un parti du centre car on y trouve des courants nuancés, de gauche et de droite.»

Plus tard, Pierre Kompany se présente aux régionales et est élu député pour le cdH. «Là, on a vraiment réalisé que j’avais vraiment des choses à dire et j’ai cessé d’être le père de…»

Aujourd’hui, à l’issue des élections communales du 14 octobre, il est désigné pour devenir le nouveau bourgmestre de Ganshoren. «Mes priorités pour la commune seront multiples. Il y aura d’abord l’avenue Charles Quint, non seulement pour la circulation, mais aussi pour la santé des habitants liées aux particules fines. Je souhaite aussi y tonifier le commerce. Dans un autre domaine, je souhaite créer sur la commune une école primaire communale, ou surtout officielle qui sera à moindre frais. Il convient aussi de privilégier des jumelages favorables et des partenariats public/privé pour multiplier les projets sur la commune. Dans cet ordre d’idée, il faudrait développer un vrai pôle touristique autour de la basilique réunissant les communes limitrophes.»

Une zone nord-ouest de Bruxelles qui vient de connaître beaucoup de bouleversement de majorités sur plusieurs de ses communes. Les nouvelles majorités devront probablement d’abord trouver et imposer leurs marques avant de s’accorder sur des politiques communes.

Julien SEMNINCKX

Vlan

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