La Petite Gazette

VLAN  mardi 9 juillet 2019 Vlan

RENE HENRY |

ENCORE UN PEU D’HUMOUR DE GUERRE …

Yvette Sépulchre, fidèle lectrice de la Petite Gazette et animatrice zélée et compétente du Fonds d’Histoire locale de Sprimont, a été très intéressée par le billet que je consacrais, il y a peu, sur l’humour en temps de guerre. Son papa a connu la captivité mais n’a jamais rien raconté des années qu’il a vécues éloigné de sa famille. Dans son camp de prisonniers, il noue une profonde amitié avec un compagnon d’infortune et c’est grâce aux témoignages recueillis par les descendants de cet ami qu’Yvette a appris dernièrement la savoureuse anecdote qu’elle nous conte :

Soulagement au camp !

Dès la capitulation de l’armée belge, mon père, Eugène Sépulchre, fut fait prisonnier et après bien des péripéties, il fut interné sur l’île de Riems, territoire allemand situé au sud ouest de la baie de Greifswald, sur la Baltique. Là, il fit la connaissance d’un Flamand, Philippe, pourtant de 10 ans son cadet avec qui il tissera des liens d’amitié indéfectibles.

Premier travail imposé dès l’arrivée au camp : évider deux longues planches qui allaient devenir des sièges dans lesquels, il fallut évider une série de cercles avant de les poser, face à face, par-dessus une fosse d’aisance. Pour parfaire le travail, il fallut fabriquer des couvercles munis de poignées. Ceci terminé, il n’y avait plus qu’à !

Qui allait étrenner le bel ouvrage et se soulager sans aucune intimité, au vu et au su d’une dizaine de vis-à-vis ? Les yeux baissés, l’échine courbée, il fallut pourtant se résoudre à passer à l’acte. Même si chaque individu était plus attentif à se dissimuler qu’à reluquer l’autre, une gêne palpable planait sur les latrines de fortune.

Qu’à ce ne tienne ! Mon coquin de papa et son ami décidèrent de décorer chaque couvercle posé sur les « trônes » et l’on vit fleurir les substantifs tels : fraise, vanille, chocolat, citron, moka… tant et si bien que les usagers suivants restèrent un moment hébétés puis ce fut l’hilarité générale. La glace était rompue : c’est le cas de le dire !

Un peu partout dans nos contrées, des comités se créent pour venir en aide aux prisonniers de guerre sous l’égide de l’organisation du Colis du Prisonnier. Dans nos villages, des « concerts » sont organisés et les dramatiques locales présentent des revues qui, souvent, abordent, avec humour et dérision, les difficultés de la vie sous l’occupation ennemie. Ainsi mon papa se souvenait très bien de cette chanson évoquant les timbres de ravitaillement extraite de la revue « Ça ira ! », donnée à Anthisnes durant l’hiver 1941-1942.

Les Timbres,

Oui, c’est nous. Admirez

Notre grande légèreté

En cette triste époque

C’est de nous qu’on se moque

Pourtant on doit reconnaître

Qu’il suffit d’apparaître

Pour remplir tous les cœurs

De bonheur

Un nous donne le pain

En dépit de sa rareté

Et le deux, le matin,

Le bon succédané

Le trois jamais ne laisse

Les bonnes gens sans graisse

Et les autres gentiment

Complètent le ravitaillement.

Vlan

Commerces à découvrir