Vinyle

DOORS MAGAZINE  lundi 2 décembre 2013 R.

Le revival du ‘LP’: plus que de la nostalgie ?

Alors que les ventes des CD’s ne fait que baisser depuis plusieurs années, celles du vinyle ne font qu’augmenter. Est-il temps d’aller rechercher sa platine au grenier ?

 

Un rapport de la ‘Belgian Entertainment Association’ affirme que le nombre de disques vinyles vendus en Belgique est passé de 46.971 en 2010 à 65.130 en 2011, soit une augmentation de 39%. Ce chiffre est estimé à 3,9 millions dans le monde entier pour l’année 2011. En pratique, ces quantités sont certainement plus élevées, car beaucoup de disques se vendent via des particuliers sur des bourses, brocantes et plateformes en ligne telles qu’eBay ou Discogs. Les chiffres les plus récents pour la Belgique ne sont pas encore disponibles mais force est de constater que la tendance sera encore à la hausse. Tout comme c’est le cas par exemple en Angleterre et même aux Etats-Unis. La vente de vinyle sur Amazon UK, l’un des plus grands revendeurs en ligne, a augmenté de 100% . Même si ces revenus ne signifient pas grand chose sur le montant total des ventes de musique (sans compter les téléchargements illégaux), il est un fait certain que nous assistons à un revival qui nous permet de penser que le vinyle survivra au CD....

 

La chute

 

En 1982, lorsque le compact disc (CD) fut commercialisé, la fin du disque vinyle fut prédit et annoncé. Sa vente connut effectivement un recul non négligeable. Les raisons étaient diverses: pourquoi devoir quitter son confortable fauteuil toutes les 20 minutes pour changer le disque de face ? Le vinyle prend également beaucoup de place dans votre salon. Le poids également: dès que vous passez un certain nombre, ils sont une plaie à déménager. De plus, ils demandent de l’entretien. Voilà pourquoi beaucoup de collections de disques disparut au profit du CD. Néanmoins, un groupe de mélomanes irréductibles ne lachat pas l’affaire. Cette niche fut assez conséquente que pour continuer à entretenir les petites maisons de disque. Les majors tels qu’Emi ou Universal Music laissèrent définitivement tomber le vinyle... Manque de rentabilité, nous dit-on.

 

Un retour mainstream

 

Aujourd’hui, plus de 30 ans après l’introduction du CD, le vinyl est à nouveau en vente dans les magasins mainstream. De plus en plus de jeunes se sentent attirés par ce format, alors que les plus âgés aiment à nouveau fouiller dans un bac de vinyle et revenir à leurs premières amours. Le fait que la plupart des dj’s qui avaient pris la décision d’arrêter de jouer sur vinyle pour passer au CD ou même au mp3 repassent au vinyle en dit long. Et cela a entraîné les majors qui avaient enterré ceci dans les années ’90 à represser des éditions de luxe et coffrets particuliers. Certains artistes exigent que leur album sorte en vinyle. Les milieux de la mode et de la pub ont compris qu’il était de bon ton de se lier à ce format rare. Bref, tous les ingrédients sont présents pour parler d’un revival.

 

Le pouvoir d’attraction du vinyle se doit à beaucoup de raisons, certaines plus romantiques que d’autres. Le côté vintage artistanal jouent un grand rôle. Mais voici 4 meilleures raisons...

 

 

* Artwork

 

L’artwork a forcément un impact plus important sur un grand format que sur une petit. Et on ne vous parle même pas de sorties digitales. Il inspire également beaucoup plus les directeurs artistiques, graffeurs et artistes. Beaucoup de pochettes de vinyles sont même parfois considérées comme des pièces d’art. Voici quelques de nos préférés: ‘Burning’ de Pepe Bradock ou encore ‘Remain in Light’ de Talking Heads. Les pochettes de vinyles deviennent de plus en plus excentriques. Ainsi il n’est plus rare d’apercevoir une pochette en cuir ou en tissu.

 

* Tangibilité

 

Ce format palpable et tangible offre un réalisme aux amateurs de musique. Le vinyle se différencie du CD (et même de la cassette) parce qu’il n’est pas copiable. Et cela lui confère un côté unique. La taille du vinyle donne aussi une connectivité supplémentaire avec l’utilisateur. Il en est de même pour le rituel qui l’accompagne: tourner le disque, déposer l’aiguille dessus. Avec un CD, il faut juste presser le bouton ‘play’.

 

* Objet de collection

 

Le CD n’a jamais pu se targuer d’avoir le statut d’objet de collection dont dispose le vinyle. De par son côté vintage bien sûr, mais aussi parce qu’il est plus difficile à se procurer. Bien entretenu, il se conservera également mieux qu’un CD. Certains artistes et labels parlent même parfois d’objets de culte. Certainement depuis qu’on expérimente des tailles spéciales, matières colorés, et que l’on en presse en quantité limitée. Certains sont donc plus exclusifs que d’autres.

 

* Un son plus chaud

 

La qualité - analogique - sonore du vinyle est nettement supérieure que celle du CD et évidemment du mp3.  C’est un argument de poids: la dynamique et la fréquence du son d’un vinyl est nettement plus riche. Cela lui confère un son plus ‘chaud’. Pour ceux qui aiment le vinyle mais qui sont agacés par le ‘bruit de surface’ spécifique à certains LP, voici un commentaire de John Peel, présentateur légendaire de la radio britannique : “Somebody was trying to tell me that CDs are better than vinyl because they don’t have any surface noise. I said, “Listen, mate, life has surface noise.”

 

Les magasins de disques en Belgique

 

Ce revivial est salutaire pour les disquaires. Depuis quelques années, les grandes enseignes telles que Media Markt ou la Fnac en proposent dans leur rayon.

 

Voici quelques adresses spécialisées:

 

Bruxelles

 

Bruxelles compte le plus grand nombre de magasins de disques du pays. Et ils se trouvent pour la plupart dans le quartier de la Bourse. The Collector est le plus grand avec avec une offre très variée de vinyles neufs et seconde main en musique des années ’60 et ’70. Arlequin Records avait précédemment 4 magasins à Bruxelles, mais il n’en reste aujourd’hui que deux. Celui du centre (à côté du Manneken Pis) s’est surtout spécialisé en musique rock tandis que celui de Saint-Gilles propose du reggae, de la musique du monde et du hip-hop. Caroline Records vient de faire peau neuve il y a quelques mois. Il distribue une belle sélection générale de rock indie et de pop avec un peu de musique électronique et psychédélique. Veals & Geeks a un goût plus ‘puriste’ mais plus onéreux aussi. Son stock de vinyles est agrémenté de littérature musicale et de bandes desssinées. Hors Série, outre une combinaison de livres et de vinyles, s’est spécialisé en jazz, musique du monde, bande originale de films et musique classique. A quelques pas de là, se trouve une nouvelle enseigne, 72 Records , qui intéressera les fans de metal, psychédélique, punk et rock’n’roll. Elektrocution  est certainement le plus petit magasin de Bruxelles. Il est réputé pour sa sélection wave, industrial et metal. Les dj’s house et techno se pressent quant à eux chaque semaine chez Doctor Vinyl pour écouter des disques neufs et seconde main en techno, house, disco et autres styles électroniques. Le patron est une encyclopédie musicale et en plus de répondre à vos demandes spécifiques, il sonde directement vos goûts. En dehors du centre, dans le quartier chic de Woluwé, est situé Cook & Book . Cette librairie/restaurant propose également une sélection pointue de vinyles.

 

Anvers

 

Commençons par le quartier du Melkmart à Anvers. Fat Kat Records existe depuis plus de 15 ans et sa large gamme de cd’s et vinyles (ayant une légère préférence pour le rock et la soul) est toujours aussi intéressante et démocratique. Tune Up Records est dans la même rue et fait la part belle au jazz, funk, rock et musique du monde. On y trouve également pas mal d’articles ‘collector’. A côté de la Marnixplein, dans le Sud, vous pourrez déguster un café tout en achetant vos disques chez Coffee & Vinyl . Une tendance que l’on voit apparaître dans différentes villes. Ici, si vous cherchez une perle, vous la trouverez certainement en musique du monde. Wally’s Groove World  a décidé de se concentrer uniquement sur la musique électronique. Logique lorsqu’on sait qu’il est tenu par Koenie, un dj légendaire qui fut résident durant de nombreuses années au Café d’Anvers, discothèque myhtique anversoise. Toujours dans la région mais en dehors d’Anvers, à Malines plus précisément, n’hésitez pas à vous rendre à The Vinyl Touch , qui propose une offre plus générale, tout en ayant une petite spécialisation pour le blues et le rock.

 

Gand

 

Dans la région de Gand, quatre disquaires sont à retenir. Music Mania avait en 2006 une filiale à Bruxelles, Courtrai et Gand mais aujourd’hui il ne reste plus que la gantoise. Le magasin a déménagé à côté du Vooruit et sa sélection oscille entre jazz, funk et rock. Ses tarifs sont un peu plus élevés que ses concurrents mais ceci se justifie par son nombre de perles et autres trouvailles rares. A 10 minutes à pied de là, Vynilla est un magasin qui existe depuis plus de 30 ans. Son offre est assez large mais offre une attention particulière aux artistes belges. Un peu plus loin, Music Zombi, un nouveau-né a pris le parti de s’intéresser à la mausique électronique, au rock ancien et moderne et à la musique du monde. Wool-E Shop, situé un peu à l’extérieur de Gand est LE spécialiste en wave, industrial, ambient et EBM.

 

Louvain

 

Le disquaire le plus aventureux de Louvain est certainement Sax. La majorité de son offre consiste en CD’s mais au fond du magasin vous trouverez une section vinyle comprenant du jazz, chansons françaises, blues et musique du monde. Giraffe Records & Clothing  a surtout été réputé pour ses sneakers et son streetwear mais commence à se faire reconnaître pour son excellente collection de musique du monde, soul, reggae et drum’n’bass. Bilbo surfe depuis quelques années sur la hype avec un petit stock de vinyle. Son choix orienté vers l’indie pop récente et le rock mainstream sage ne parlera pas trop aux fanatiques.

 

Wallonie

 

Dans le sud du pays, la plupart des magasins ont malheureusement fermé leurs portes. Taille 33 à Louvain-la-Neuve est l’exception qui confirme la règle. Ce magasin, ouvert depuis près d’un an, a choisi de se tourner vers le rock, punk et metal, autant en neuf qu’en seconde main. Outre  les vinyles,  il propose aussi des livres, t-shirts et gadgets. Parfois quelques petits événements musicaux s’y trouvent place aussi. Reste également les grandes enseignes mais leurs offres sont malheureusement limitées.

 

 

R.

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