Ça vaut le détour : La rue de Laeken

BLOG  jeudi 29 novembre 2012 Yamina El Atlassi

Rue après rue, le centre ville reprend vie et nombreuses sont les initiatives afin de réhabiliter le quartier et le rendre attractif pour tous. La rue de Laeken n’échappe pas à ce courant. Allons voir de plus près si elle vaut vraiment le détour.

Avec la rue de Flandre, que nous avons déjà visité, elle est l’une des plus anciennes artères de notre ville, et il y a de réels efforts conjugués afin de refaire de cette rue un pôle intéressant.

Pourtant, à première vue, il est moins agréable de s’y promener que dans la rue de Flandre : cela s’explique sans doute par le trafic à double sens et le passage de transports en communs. Ajoutons à cela, qu’a priori partir de la Place De Brouckère pour se rendre vers la quartier de bureaux “Manathan”, à l’autre bout, n’est pas forcément parmi les parcours de promenades les plus populaires.

Ils boivent aux dames Qui leur donnent leur joli corps, Qui leur donnent leur vertu pour une pièce en or

kvs_medium.jpgEt puis, bien sûr, difficile de ne pas apercevoir les attroupements de prostituées bien avant la nuit tombée. Le soir, le KVS- magnifique bâtiment récemment rénové ressemble à un navire au bord du quartier des Quais. Son tribord a des airs de docks et le promeneur a un sentiment un peu inconfortable face à certaines mines patibulaires qui reluquent les filles sous les néons bleu du “Tropicana”...

Son babord est calme, propre et ses tempêtes sont à des miles de là, il s’y vit des effervescences culinaires et culturelles au Bar Bik, qui attire les plus branchés des gourmands ou la salle “Bol & Top” du KVS déjà cité...

Ce sont là deux mondes, à l’opposé l’un de l’autre, qui semblent se toiser de part et d’autre du théâtre flamand... Se promener dans la rue de Laeken en 2012, c’est avoir la chance d’observer ces mondes qui habituellement ne frayent pas dans les mêmes eaux...

flamingo_medium.jpgL’arrivée récente du Flamingo - au rez-de-chaussée d’un immeuble magnifiquement rénové lui aussi - semble avoir cerné encore plus l’étau autour des indésirables (ou trop désirables !). Qui remportera cette bataille : des “filles” (qui ne sont pas toutes nées filles...) ou de toute cette faune multiculturelle bruxelloise avide de nouveaux horizons, de  nouvelles adresses à conquérir, de nouvelles rues à prendre à l’abordage... ?

“Couvrir de soleil la laideur des faubourgs”

La rue de Laeken a pour elle de très nombreux bâtiments à l’architecture intéressante et quasi tous rénovés récemment. C’est une rue où il faut souvent lever le nez afin de regarder le détail d’une façade... L’ancien y côtoie le moderne, rarement le délabré...

Parmi les façades des quelques maisons abandonnées de la rue, l’une d’entre elles est devenue connue, depuis que le Street Artiste Bonom y a dessiné une fresque murale.

A quelques mètres de là, c’est une autre fresque, partie intégrante du parcours de la bande dessinée, qui réjouira le passant : le mur Bob et Bobette, les fameux personnages de Vandersteen.

“Et c´est pour ça et c´est pour ça qu´elles dansent, Les Flamandes”

flandre_medium.jpgLa rue de Laeken, chargée d’Histoire, est un pôle culturel important. On a cité, sans en parler vraiment, le Koninklijk Vlaamse Schouwburg. Premier théâtre flamand de Bruxelles, inauguré en 1887 !

Avant que le théâtre ne prenne ses quartiers dans cet ancien arsenal, les troupes de théâtre de langue néerlandaise jouaient dans divers lieux qu’elles louaient pour l’occasion. C’est dire comme la rénovation du lieu, pour transformer cet entrepôt en un théâtre digne de ce nom, a son importance dans la vie culturelle flamande de Bruxelles jusqu’à nos jours.

Dans les années 2000, la rénovation du théâtre était devenue nécessaire et s’y est ajouté une annexe très moderne qui signe la continuité dans ce quartier réputé comme étant le pôle de cette communauté très active.

Pendant que les Flamands de Bruxelles se dotaient d’un théâtre, une autre communauté, philosophique celle-là, était également très active, durant ce 19ème siècle, en Belgique : la Franc-maçonnerie. La rue de Laeken a le privilège d’accueillir un musée assez unique : le Musée belge de la franc-maçonnerie qui a été créé à l’initiative de toutes les obédiances maçonniques dans un souci commun d’ouverture vers le public.

La Franc-maçonnerie, longtemps restée mystérieuse et secrète lève donc le voile sur son histoire dans l’ancien hôtel Dewez, lieu d’habitation depuis le 14ème siècle et qui a bénéficié d’une rénovation il y a quelques années à peine.

“Le cœur est voyageur, l´avenir est au hasard, Et passent des cocotiers qui écrivent des chants d´amour”

toukoul_medium.jpgLe tronçon de la rue de Laeken qui se trouve autour du Musée est riche de bien des adresses, il y a de “classiques” galeries d’art contemporain, dans une ville comme Bruxelles qui en regorge, nous serions presque blasés...

Sauf qu’il serait dommage de se priver d’une visite à la Nomad Gallery. Elle a en effet pour spécialité de faire découvrir les artistes des continents dits “émergeants” et en particulier l’art contemporain africain !

On ne confondra pas avec la galerie Congo, sur le trottoir opposé, qui propose la découverte de l’Art tribal africain, et particulièrement du Congo.

Puisque nous sommes sur le continent africain, parlons également de Toukoul, à la fois restaurant et centre culturel éthiopien, où le tout Bruxelles se bouscule depuis son ouverture l’an dernier.

“Pourquoi faut-il que les hommes s´ennuient ?”

Et au rayon des centres culturels, n’oublions pas de parler de La Tentation, le très dynamique centre galicien de Bruxelles où se déroulent de nombreux événéments, et qui a trouvé dans les anciens magasins de textites du même nom, un lieu à sa mesure depuis la fin des années 90.

La rue de Laeken a d’autres trésors à nous faire découvrir : l’Office d’art contemporain en fait partie : endroit assez surprenant plus haut que large, avec une énorme vitrine sur la rue permettant à tous de découvrir les expositions qui s’y déroule. L’Office a d’ailleurs a coeurs d’ouvrir ses portes à un public vaste, de toutes origines sociales.

“Je t´inventerai Des mots insensés Que tu comprendras”

Autre endroit inédit à Bruxelles, toujours sur cette décidément riche et surprenante rue de Laeken, la bibliothèque de sons “Bruxelles nous appartient- Brussel behoort ons toe”.

L’objectif de l’association est de compiler une mémoire des sons de Bruxelles : des témoignages, des sons enregistrés dans certains lieux : la base de données - publique et ouverte à la création - est riche de la voix bruxelloise...

“C´était au temps où Bruxelles bruxelait”

Droguerie_Lion_medium.jpgL’écoute des documents de la BNA-BBOT devrait ouvrir la voie vers une certaine nostalgie d’un Bruxelles qui brillait d’autres feux aux couleurs passées des temps anciens...

Couleurs que l’on retrouvera sans doute parmi les trésors de la Grande Droguerie Le Lion, ouverte depuis 1875 et qui a donc été témoin des nombreux changements de la rue de Laeken.

Gageons que l’équipe aurait son mot à dire sur la rue aujourd’hui : qu’elle vaut, en effet, bien le détour !

* tous les titres des sections sont des extraits de paroles de Jacques Brel

Yamina El Atlassi

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